1.1 Autorégulation

L’autorégulation est « la capacité d’assurer la constance de son attention, de ses émotions et de son comportement à un niveau approprié pour son âge et sa culture » (Clinton, 2020, p. 51). Pour y arriver, il ne faut pas seulement tenir compte de ses propres pensées et sentiments, mais aussi de ceux des autres. L’autorégulation est essentielle à notre transition de l’impuissance à la compétence.
Des chercheurs de différentes disciplines se sont penchés sur les dimensions physiologiques, cognitives, neurobiologiques, physiologiques et sociales de l’autorégulation, ainsi que sur les problèmes de régulation (Vohs et Baumeister, 2010). Pour eux, l’autorégulation est un ensemble central de compétences et d’habiletés interdépendantes qui influencent l’apprentissage, le comportement et la santé.
Stuart Shanker, Ph. D. et professeur-chercheur émérite distingué à la York University, décrit la signification du terme « autorégulation » et son lien inextricable avec le développement du cerveau à la petite enfance.
Écoutez maintenant Jean Clinton, Ph. D. et professeure clinique en psychiatrie et neuroscience comportementale à la McMaster University, qui décrit le rôle de l’adulte en tant que corégulateur du bébé.
Réfléchissez au message de Clinton pendant le visionnement de la vidéo suivante montrant un parent et un bébé de quatre mois.
Comment ce parent agit-il comme « cerveau externe » pour le bébé fâché?
Carl Corter, Ph. D. et professeur émérite à l’Ontario Institute for Studies in Education de la University of Toronto, discute de la façon dont les expériences d’un jeune enfant influencent le développement de l’autorégulation.
Comme le soulignent Shanker et Corter, les enfants apprennent l’autorégulation grâce à la régulation externe.
Examinons…
Eyad , âgé de huit mois, se réveille de sa sieste. Il s’assoit dans son berceau. Il voit sa mère et sa grand-mère juste à l’extérieur de la porte en train de préparer la nourriture pour le repas du soir… En savoir plusQue pensez-vous qu’Eyad apprend sur son monde dans chacune de ces situations?
Selon vous, qu’apprend-il à propos de lui-même? À propos de sa mère et de sa grand-mère?
De quelle manière apprend-il à s’adapter?
Selon ce que vous avez appris de Shanker, de Clinton et de Corter, de quelle façon les expériences d’Eyad pourraient-elles influencer son développement de l’autorégulation?
Les deux vidéos suivantes montrent des exemples d’adultes qui aident des nourrissons et des jeunes enfants à développer l’autorégulation grâce à la corégulation. Si vous êtes attentif, vous verrez de nombreux exemples de ces vidéos dans les moments ordinaires de la vie de tous les jours.
Quels aspects du développement de l’autorégulation avez-vous remarqués dans ces exemples?
Comment les pourvoyeurs de soins soutiennent-ils les enfants qui tentent de se réguler dans les scènes Naptime et More Grapes? Dans la deuxième scène, comment la mère a-t-elle aidé son fils à parvenir à contrôler ses émotions?
Et dans la vidéo Le nœud? Bien des choses se passent en quelques secondes dans cette scène. Comment l’éducateur a-t-il aidé Cole à « sauver la face » et à soutenir son développement de l’autorégulation de façon subtile?
Être à l’état calme, attentif et alerte

La régulation de notre énergie est au cœur de la façon dont nous régulons nos émotions, notre comportement et notre attention. Les états d’éveil s’étendent sur un continuum allant du sommeil aux pleurs en passant par l’incapacité de s’adapter. Située au centre, la concentration calme et alerte décrit l’état d’éveil qui est ouvert à la réception et à l’intégration de l’information entrante provenant de nos différents sens.
Lorsque les expériences sont accablantes, la capacité de régulation de l’éveil d’un jeune enfant peut être submergée. Les jeunes enfants peuvent se replier sur eux-mêmes ou être constamment en état d’alerte. Les enfants n’ont pas tous la même capacité de s’autoréguler, c’est-à-dire de faire des changements graduels et rapides dans le continuum de l’éveil, de revenir à l’état de départ et de moduler les hausses et les baisses d’énergie dans un état donné.
Shanker explique comment les systèmes nerveux parasympathique et autonome interviennent dans le façonnage des états d’éveil.
Regardez maintenant la vidéo suivante où Shanker décrit l’exemple d’une jeune fille confrontée à un état d’éveil sensoriel hyperalerte en classe.
À quoi vous fait penser cette histoire?
Pouvez-vous trouver des exemples semblables?
Examinons…
Marsha s’apprête à sortir avec Aisha, sa fille de deux ans. C’est l’hiver à Saskatoon et une nouvelle neige de 20 cm recouvre les trottoirs à l’extérieur. Aisha a commencé à s’habiller seule pour sortir… En savoir plusLa prochaine lecture discute de la façon dont les facteurs de stress peuvent influer sur le niveau d’éveil, soit la capacité d’un enfant de se réguler. On y examine aussi les facteurs de stress les plus répandus pendant les premières années, ainsi que les cinq pratiques de la méthode d’autorégulation (Self-Reg) de Shanker, qui est abordée plus en détail à la p. 3.1 du présent module.
Comme a déjà dit Urie Bonfenbrenner : « Nous voyons tous partiellement le monde à travers les yeux de l’enfant que nous étions jadis » (Konner, 1991, p. 12). En conservant le « thermostat » de régulation de l’éveil de notre enfance à l’âge adulte, est-ce que nous voyons et comprenons le monde partiellement à travers nos yeux d’enfant?
Pouvez-vous citer des exemples où vous vous êtes senti submergé et hyperalerte? Aviez-vous la capacité d’apprendre de nouvelles choses dans cet état? Comment avez-vous géré vos émotions?
Autorégulation et apprentissage, comportement et santé
L’autorégulation comporte trois aspects essentiels :
La régulation des émotions est le processus d’initiation, de maintien et d’ajustement de l’apparition, de l’intensité ou de la durée des sentiments.
La régulation du comportement est l’organisation des interactions sociales avec les autres et la coordination des mouvements physiques.
La régulation de l’attention est la capacité de se concentrer de façon sélective et consciente. Elle est à la base de la persévérance, de la curiosité, de la mémoire, de la souplesse cognitive, de la planification et de la résolution de problèmes.

Dans la vidéo qui suit, Corter discute de la façon dont les systèmes de régulation se développent à la petite enfance.

Dans les vidéos suivantes, voyez Shanker expliquer comment notre thermostat éveil/récupération influence la santé, le comportement et l’apprentissage durant toute la vie.
Expliquez pourquoi un trop grand nombre de facteurs de stress peuvent contribuer à l’obésité, à des difficultés d’apprentissage ou à des comportements risqués.
Croyez-vous que l’autorégulation optimale améliore la santé d’une personne?
Selon Shanker, il peut être nocif de suggérer que les enfants ont besoin de plus de volonté. Pourquoi?
Autorégulation et maîtrise de soi
Bien des gens confondent autorégulation et maîtrise de soi, mais c’est mal comprendre ces termes. Dans la vidéo suivante, Shanker explique la différence entre les deux.
Écoutez maintenant Clinton, qui renchérit sur cette explication.
Shanker poursuit en expliquant des travaux de recherche classique sur le développement de l’autorégulation.
Comment expliqueriez-vous la différence entre l’autorégulation et la maîtrise de soi à des collègues ou à des parents?
Cette recherche indique que la capacité d’un enfant de contrôler ses impulsions à quatre ans est associée à de nombreux résultats à long terme. Êtes-vous surpris par cette conclusion? Pourquoi ou pourquoi pas?
Pourquoi croyez-vous qu’un état détendu a une si grande incidence sur la maîtrise de soi d’un enfant?
Pouvez-vous voir des répercussions pour les parents et les adultes qui travaillent avec de jeunes enfants?
Jeu et autorégulation

Pendant le jeu, ils ont l’occasion d’exercer le type d’habiletés qui sont essentielles à l’autorégulation : la réflexion souple, l’attention ciblée, le comportement orienté sur un objectif et la capacité de négocier et de coopérer avec les pairs.
Carl Corter explique ce que les chercheurs apprennent sur le lien entre l’autorégulation et le jeu.
Avez-vous déjà vu des enfants en train de jouer à un jeu dramatique qui leur permet d’explorer leurs capacités d’autorégulation, comme le mentionne Corter? Par exemple, se montrer souples, utiliser la mémoire de travail, demeurer dans leur rôle et faire preuve d’inhibition.
La page 2.6 du présent module, Jeu, adaptation et compétences, explore ce sujet et d’autres recherches liées au jeu plus en profondeur.

