2.2 Relations bienveillantes
L’imagerie cérébrale et d’autres nouvelles technologies ont permis aux chercheurs, dans un nombre croissant d’études récentes, de documenter les effets des interactions bienveillantes et encourageantes et des soins attentifs sur les fonctions et la structure du cerveau » (extrait du Center on the Developing Child à la Harvard University, 2019, paragr. 2).

Pour bien comprendre les nourrissons et leur développement, nous devons songer aux personnes qui s’occupent d’eux et à la nature de ces relations. Dans la section Aperçu du présent module, Stuart Shanker, Ph. D., a expliqué qu’un nourrisson est un « fœtus hors de l’utérus » dont la survie durant les neuf premiers mois dépend entièrement des pourvoyeurs de soins. Nous avons pris connaissance de la nature interactive de la génétique et de l’expérience dans l’évolution du développement. Il est clair que la relation pourvoyeur de soins-enfant est absolument essentielle au développement du cerveau à la petite enfance, et qu’elle est la clé de la survie, de la santé et du développement de l’enfant.
La prochaine vidéo, provenant de KidCareCanada, est une entrevue avec le Dr Nils Bergman, médecin de la santé publique, qui a étudié et travaillé au Zimbabwe et en Afrique du Sud. Il est surtout connu comme étant l’un des fondateurs de la méthode kangourou, un mouvement qui favorise le contact peau à peau entre la mère et le nouveau-né.

Tout d’abord, les environnements physiques et sociaux dans lesquels se trouvent les jeunes enfants sont créés puis favorisés dans le cadre des relations avec les adultes qui s’occupent d’eux. Avant la naissance, le bébé grandissant est sensible à l’environnement utérin et y est complètement dépendant. Après la naissance, les nourrissons continuent de dépendre des adultes pour la subsistance, les soins physiques et l’amour. Les relations chaleureuses agissent comme un filtre pour les expériences qui stimulent le développement des voies neuronales intervenant dans la perception sensorielle, les types de réactions au stress, l’autorégulation, le langage et les capacités intellectuelles.
La lecture suivante du Gouvernement de la Colombie-Britannique compare l’interaction parent-bébé à l’aspect « service-retour » d’un match de tennis. Cette description fait référence à la façon dont le bébé fait des vocalisations et des gestes encourageant l’adulte à lui répondre de la même façon. Ce type d’interaction favorise le bon développement du cerveau.
Dans la vidéo suivante, remarquez le lien entre la mère et le bébé.
En quoi est-ce un exemple d’interaction « service-retour » entre le bébé et le parent?
Megan Gunnar, Ph. D., professeure et ancienne directrice de l’Institute of Child Development de la University of Minnesota, décrit sa recherche sur les réactions des bébés qui reçoivent un vaccin dans le bureau du médecin. Elle explique que l’attachement sécurisant d’un bébé à un pourvoyeur de soins peut agir comme un tampon dans une situation stressante. Les bébés dont l’attachement au pourvoyeur de soins n’est pas sécurisant voient leur taux de cortisol grimper, contrairement à ceux dont l’attachement est sécurisant. À la page suivante du présent module (2.3 Stress), vous en apprendrez davantage sur les effets néfastes d’une hausse excessive du taux de cortisol.
Dans la vidéo qui suit, nous verrons Solange, âgée de sept mois, en visite chez la médecin.
Que fait la mère de Solange pour l’aider à se calmer?
Comment décririez-vous la relation entre Solange et sa mère?
Comment les actions de la mère et la relation entre les deux agissent-elles comme un tampon contre le stress? (Vous en verrez plus à ce sujet à la page suivante.)
Réfléchissez aux soins attentifs et à l’expression génique. Lorsqu’un pourvoyeur de soins tient un bébé et lui offre des contacts étroits et aimants, les sens du bébé sont stimulés et ce dernier est réconforté et se sent en sécurité. L’attention physique stimule le développement cérébral du bébé et touche la façon dont les gènes sont exprimés. Un environnement de bienveillance affective est aussi important au développement physique qu’une alimentation saine. En d’autres termes, la bienveillance peut « activer » les gènes associés à des traits positifs et réprimer ou « désactiver » les gènes associés à des résultats négatifs.
Thomas Boyce, Ph. D., pédiatre et professeur émérite distingué aux départements de pédiatrie et de psychiatrie à la University of California, explique que les environnements bienveillants sont particulièrement importants pour les enfants qui sont très réactifs ou sensibles au contexte. Il mentionne aussi la recherche animale réalisée par Steven Suomi, Ph. D., et Michael Meaney, Ph. D., décrites ci-dessous.
Ensuite, Boyce explique que certains enfants sont particulièrement sensibles à leurs situations environnementales, ce qui souligne l’importance des environnements positifs et bienveillants.
Que nous révèle la recherche animale sur les soins bienveillants?
Warwick (2005) explique que les travaux de Michael Meaney, à la McGill University, sur des modèles de rongeurs, ont donné une idée de la façon dont les soins maternels influencent les réactions des ratons au stress. Les rates mères lèchent leurs jeunes, ce qui équivaut possiblement au toucher d’une mère humaine. Comme chez les humains, le caractère parental varie chez les rongeurs. Certaines rates mères lèchent leurs petits plus souvent que d’autres. Meaney a axé une grande partie de sa recherche sur la comparaison entre les ratons à léchage fréquent et les ratons à léchage rare. Meaney et son équipe ont montré que les ratons ayant une mère à léchage fréquent libéraient des niveaux d’hormones de stress (glucocorticoïdes) moins élevés lorsqu’ils étaient exposés au stress. La libération des hormones de stress est une qualité adaptative pendant une confrontation avec un stresseur, mais les hausses prolongées de glucocorticoïdes ont des effets néfastes, notamment des déficits d’apprentissage et de mémoire. Il est donc avantageux d’avoir une mère à léchage fréquent puisque ces ratons apprennent à être moins réactifs au stress et manifestent des capacités d’apprentissage supérieures à celles des ratons ayant une mère à léchage rare.
Marla Sokolowski, Ph. D., de l’University of Toronto, décrit deux manières par lesquelles les modifications épigénétiques peuvent être transmises d’une génération à l’autre. Dans cet entretien, elle examine les études d’adoption croisée sur les rats de Michael Meaney, ayant montré des effets épigénétiques liés aux soins maternels reçus tôt dans la vie. Elle indique que les effets épigénétiques sont un type de transmission culturelle d’une génération à l’autre.
L’article suivant explique les contributions de la recherche animale à notre compréhension du comportement maternel.
Stephen Suomi, Ph. D. et chef du Laboratory of Comparative Ethology au National Institute of Child Health and Human Development aux États-Unis, a réalisé des recherches approfondies auprès des macaques rhésus. Suomi examine la compétence sociale et d’autres comportements dans les communautés de macaques rhésus, notamment les liens d’attachement et les incidences de la bienveillance maternelle sur les niveaux de stress, l’agression et le statut social éventuel de la progéniture. Il est en mesure de manipuler les facteurs génétiques et environnementaux. Cela peut se faire, par exemple, en comparant la compétence adulte lorsqu’un bébé singe anxieux est élevé par une mère adoptive bienveillante, plutôt que par sa propre mère anxieuse (Suomi, 1999).
Les études animales permettent aux scientifiques d’examiner l’expression génique. La vidéo suivante décrit le laboratoire des primates au National Institute of Health (NIH) ainsi que deux sites sur le terrain dirigés par Suomi.
Dans la prochaine vidéo, Suomi explique certaines de ses conclusions provenant des groupes de singes génétiquement contrôlés, et l’importance du maternage pour l’influence de la biologie et du comportement. La recherche sur les primates de Suomi montre que le portrait génétique est en fait défini par la qualité des soins attentifs que reçoivent les bébés singes.
Suomi a réalisé des travaux fascinants sur les singes, le maternage et l’abus d’alcool.
Nutrition et stimulation
La malnutrition et une mauvaise santé font entrave à l’apprentissage et entraînent souvent des déficits cognitifs à long terme. La recherche dans le monde montre que la stimulation et une bonne alimentation jouent toutes deux un rôle important dans le développement sain. Feu Fraser Mustard, fondateur de l’Institut canadien de recherches avancées, décrit cette recherche.
La lecture suivante offre un court résumé clair des données probantes.
Le Pakistan Early Child Development Scale-Up (PEDS) Trial, mis en œuvre dans le Sindh, au Pakistan, a été utilisé pour déterminer si l’intégration de la stimulation psychosociale à la petite enfance, seule ou en combinaison avec des interventions de nutrition, dans un programme de soins de santé primaires avait eu des résultats positifs pour les enfants âgés jusqu’à 24 mois, sur le plan des fonctions motrices, cognitives, sociales et de communication dans les régions rurales du Pakistan. L’étude portait sur tous les enfants nés dans cette région géographique, ainsi que le pourvoyeur de soins de santé primaire des enfants, habituellement la mère.
On a évalué dans le cadre du PEDS Trial les avantages liés aux interventions de stimulation psychosociale et la faisabilité d’une possible expansion d’une stratégie de développement des jeunes enfants au sein du système de soins de santé primaires du Pakistan. Écoutez Aisha Yousafzai, Ph. D. et professeure agrégée à la Harvard T.H. Chan School of Public Health, qui explique le contexte du PEDS Trial, dans le cadre duquel elle était la chercheuse principale.
Yousafzai – Le contexte du PEDSDans la vidéo qui suit, Yousafzai décrit la méthodologie de recherche de l’étude. Les résultats finaux de l’étude seront bientôt publiés, mais les premières tendances semblent positives.
Comme le décrit Yousafzai, l’un des groupes de mères de cette étude a reçu une formation sur le module de développement des jeunes enfants et celui des services de travailleuses de la santé. Dans la vidéo ci-dessous, écoutez Yousafzai et plusieurs autres intervenantes de l’étude décrire la composante du développement des jeunes enfants offerte dans les séances pour les mères de ce groupe, et les avantages déjà constatés. Une composante importante du programme consiste à aider les mères à se concentrer sur le développement de leurs enfants et à observer les jalons atteints.
Dans votre collectivité, quelles connaissances les parents possèdent-ils déjà au sujet du développement de l’enfant, des relations bienveillantes, de la nutrition et de la stimulation. Quelles sont les lacunes?
Comment l’information de la présente page peut-elle aider les parents à soutenir le développement de leur enfant?
Quelles stratégies suggéreriez-vous pour accroître les connaissances des parents?