Suomi – les études sur les primates du NIH
Le laboratoire de primates que le NICHD m’a aidé à bâtir est en milieu rural au Maryland, à environ 40 km de Washington, D.C., en pleine campagne, où il y a beaucoup d’espace. Nous avons pu installer une partie de notre colonie de macaques rhésus dans une enceinte extérieure de plusieurs acres qui simule leur habitat naturel et leur permet de grandir dans des situations sociales équivalant à ce que nous retrouvons dans la nature. Nous avons aussi des singes dans des enclos de plus petite taille, mais permettant une socialisation relativement normale. Il y a une pouponnière néonatale où nous élevons les nourrissons à la main à partir de la naissance, puis nous les faisons socialiser avec des pairs ou avec nos mères artificielles et des pairs avant de les intégrer dans un plus grand groupe social. Nous avons notre propre colonie de reproduction autosuffisante, qui nous permet, grâce à l’élevage de sélection, de contrôler le bagage génétique de nos animaux ainsi que différents aspects du milieu dans lequel ils sont élevés. Par exemple, s’ils grandissent avec leur mère biologique ou s’ils sont élevés par des femelles adultes non apparentées ou encore s’ils grandissent sans parents, mais avec accès à leurs pairs. Nous avons pu faire une étude Longitudinale sur ces animaux pendant la durée de leur vie qui, pour un macaque rhésus en captivité, peut aller à 30 ans et plus. Comme c’est une colonie en captivité, nous pouvons prélever des échantillons biologiques de salive ou de sang, ou des échantillons de liquide cérébro-spinal à tout moment dans le développement de tous les individus. Nous pouvons aussi le faire avant et après certains événements environnementaux, comme l’introduction dans un nouveau groupe social, le retrait à partir d’un groupe social existant, l’exposition à de nouveaux jouets ou autres choses semblables. Nous pouvons contrôler le bagage génétique et le contexte environnemental de nos sujets. Cela nous procure un énorme avantage par rapport à ceux qui tentent de faire des travaux parallèles chez les humains, car nous pouvons observer ces animaux tous les jours de leur vie, plutôt que périodiquement comme tous les trois, six ou neuf mois, ce qui est habituellement le cas dans les études sur les humains. Nous pouvons voir les changements développementaux se produire devant nos propres yeux plutôt que de devoir deviner ce qui se passe entre les périodes d’échantillonnage. C’est un autre énorme avantage par rapport à la plupart des études sur le développement humain. Finalement, le fait que nos singes grandissent jusqu’à quatre fois plus vite que les humains nous permet de voir une génération en quatre ou cinq ans, plutôt que d’attendre quinze ou vingt ans comme ce serait le cas avec les humains. Ces avantages nous permettent de traiter directement des questions d’importance considérable au niveau humain, mais qui, pour des raisons pratiques et éthiques, sont souvent difficiles à étudier auprès des humains, et c’est la mission de notre laboratoire. Nous avons aussi accès à deux sites de terrain. Ce sont des sites où les macaques rhésus circulent librement dans des conditions naturelles ou semi-naturelles. L’un d’eux est une île au large de Porto Rico où un groupe de macaques rhésus avait été amené d’Inde il y a 50 ans, et leurs descendants y prospèrent depuis ce temps. Les singes ne sont pas dérangés sauf pour le rassemblement annuel par le personnel vétérinaire du Caribbean Primate Centre, qui gère cette opération. C’est à ce moment que nous pouvons obtenir des échantillons biologiques de ces singes et les examiner comme nous le faisons avec notre colonie tout au long de l’année. Puis, nous avons accès à une autre colonie en semi-liberté qui demeure sur une île faisant partie des Sea Islands au large de la Caroline du Sud. Grâce à cette variété d’environnements, nous étudions les singes dans des habitats naturels, dans une reproduction d’habitat naturel issue de nos meilleurs efforts où nous contrôlons les individus de ce groupe, et dans des circonstances plus restreintes en laboratoire qui permettent tout de même de fournir aux singes des éléments essentiels de leur monde habituel.
