Gunnar – les relations qui protègent du stress
J’ai passé une bonne partie du début de ma carrière à essayer de comprendre les processus qui régulent le stress chez les très jeunes enfants, car ceux-ci sont trop jeunes pour réguler le stress eux-mêmes en contrôlant et en prédisant et faisant toutes ces choses. L’élément de plus grande importance était les relations. Ce qui réglemente le mieux le stress des jeunes enfants, le plus puissant régulateur de stress, c’est d’avoir une relation d’attachement et de confiance avec une personne présente. Il ne s’agit pas seulement d’être dans une relation d’attachement et de confiance en l’absence de la personne, mais il faut plutôt être en présence de cette personne, et il faut que cette personne soit digne de confiance. Nous essayons toujours de comprendre le processus, mais je crois que cela influence en fait une région qui s’appelle le cortex frontal orbital, et il est possible que cela court-circuite les signaux de stress sur le plan de la biologie.
Alors, par exemple, nous avons étudié les bébés lors de leur examen périodique de santé. J’utilise souvent les médecins comme éléments de stress pour les bébés parce qu’ils peuvent faire des procédures pour améliorer le bien-être du bébé et celles-ci sont beaucoup plus stressantes que mes examens – et nous nous intéressions à l’examen physique et aux injections données aux bébés. Ils administraient deux grosses injections, une dans chaque cuisse. Les enfants les recevaient à l’âge de deux mois, de quatre mois, de six mois et à l’âge de deux ans. Et nous avons fait le suivi de ces bébés lors de leurs injections, et ouf, à deux mois, leurs petits corps réagissaient énormément, mais c’était probablement correct parce qu’ils n’avaient pas encore tous ces récepteurs pour le stress sur le plan de la biologie.
Et puis leur réaction s’est calmée et à 12 mois, leur stress n’augmentait plus du tout. Maintenant, ils pleuraient très fort. Ils détestaient recevoir leur injection. Leur fréquence cardiaque augmentait. Mais leur cortisol ne bougeait pas, sauf dans le cas où l’enfant n’avait pas une relation d’attachement de confiance avec son parent, auquel cas la réaction a eu lieu, mais pas de façon horrible. Mais, c’était comme si la présence de cette relation de confiance servait de protection. Et les relations les moins confiantes étaient en quelque sorte une protection qui fuyait. Nous savons bien sûr que si vous enlevez cet élément de protection, si vous envoyez un enfant à la garderie, et qu’il est seul, qu’il a perdu sa protection, et qu’il n’a pas encore établi de relation avec la personne à la garderie, cela va lui prendre des semaines où chaque jour, son stress va augmenter beaucoup. Mais après un certain temps, après environ deux, trois semaines, son stress n’augmentera qu’un petit peu.
