Édition d’introduction - Communication et apprentissage

2.1 Développement du langage à la petite enfance

Saviez-vous que les nouveau-nés possèdent des compétences linguistiques à la naissance? Peu d’entre nous ont entendu parler du fait que les nouveau-nés naissent avec des compétences linguistiques.

L’un des aspects vraiment intéressants de la recherche de Janet Werker, Ph. D., est sa compréhension de la complexité des compétences linguistiques des nouveau-nés. Dans la vidéo ci-dessous, Werker décrit la façon dont elle mène ses recherches à l’Infant Studies Centre à la University of British Columbia.

VISIONNER Werker – les compétences linguistiques des nouveau-nés (2:28) [Anglais]

La capacité d’un nourrisson à reconnaître les sons et les rythmes familiers de la parole qui sont propres à une langue se façonne selon les langues qu’il entend. Le cerveau du nourrisson se développe de façon à pouvoir comprendre et utiliser sa langue maternelle, ou même ses différentes langues maternelles. Werker décrit ses trouvailles concernant la sensibilité des bébés aux propriétés de leur langue maternelle, et comment celle-ci se développe au cours de la première année.

VISIONNER Werker – la sensibilité à la langue maternelle (2:30)

Saviez-vous que les nouveau-nés possèdent déjà des capacités linguistiques, comme l’a décrit Werker?

Qu’avez-vous trouvé le plus intéressant dans cette recherche?

La prochaine vidéo est tirée du documentaire The Beginning of Life. En regardant cette vidéo, réfléchissez au soutien que les adultes apportent aux enfants en les écoutant, en leur chantant des chansons, en leur faisant la lecture, et en leur parlant au cours de leur période d’apprentissage du langage.

VISIONNERThe Beginning of Life – Le pouvoir des mots (5:07)

À la page 1.1 du présent module, nous abordons le fait que les adultes semblent naturellement parler aux nourrissons et aux jeunes enfants d’une manière adaptée à leurs préférences. Les caractéristiques du discours adressé au nourrisson et à l’enfant comprennent notamment un ton plus élevé, des sons de voyelles allongées et une musicalité joyeuse. Regardez la vidéo qui suit pour voir la façon dont les chercheurs étudient les préférences linguistiques des nourrissons dans le laboratoire de langues pour bébés dirigé par Melanie Soderstrom, Ph. D., de l’Université du Manitoba.

VISIONNER Soderstrom – l’étude des préférences linguistiques des nourrissons (3:46)

Selon certaines recherches américaines, un facteur qui semble décisif dans le développement des capacités linguistiques des enfants est la fréquence à laquelle les adultes leur adressent la parole. La quantité de mots semble être un facteur important. Ainsi, les enfants qui entendent une grande quantité de langage riche enrichissent leur vocabulaire, et ils établissent un meilleur fondement pour la littératie. Les enfants qui entendent une faible quantité de langage simple apprennent également à parler normalement, mais leur vocabulaire est restreint et ils sont plus susceptibles d’éprouver des difficultés dans leur apprentissage de la lecture et de l’écriture.

Dans le livre Meaningful Differences in the Everyday Experiences of Young American Children, les auteurs Hart et Risley (1995) présentent des conclusions révolutionnaires fascinantes portant sur les enfants et le développement du langage. Ils ont mené une étude longitudinale auprès des parents et des enfants (âgés de 1 à 3 ans) à leur domicile. Ils ont effectué des observations mensuelles des familles pendant deux ans et demi et ils ont consigné les conversations entre les parents et leur enfant. Leur échantillon était composé de 42 familles, qu’ils ont classées en trois catégories : professionnelles, de la classe ouvrière ou vivant de l’aide sociale.

Quelles sont les différences constatées par Hart et Risley (1995)?

La grande différence entre les trois groupes ne se situait pas tant dans le genre d’expérience que les parents offraient à leurs enfants, mais plutôt dans la fréquence de ces expériences. Leur analyse des données enregistrées a montré un écart important entre la quantité de mots entendus au cours d’une année par un enfant dans une famille professionnelle (11,2 millions de mots), par un enfant dans une famille de la classe ouvrière (6,5 millions), et par un enfant dans une famille vivant de l’aide sociale (3,2 millions).

Les parents des trois groupes assuraient la communication nécessaire de façon semblable (par exemple, donner des directives, gérer le comportement). Les variations se trouvaient à un autre niveau, celui du « discours supplémentaire », soit le langage plus varié et attentif.

La communication des parents à leurs enfants dans la jeune enfance était un facteur prédictif puissant de la capacité verbale des enfants une fois qu’ils avaient atteint l’âge de 9 et 10 ans.

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Le nombre de mots que les enfants entendent n’est pas uniquement attribuable à la pauvreté. Il existe d’excellents parents qui élèvent des enfants dans leur propre chambre tout en vivant dans la pauvreté et qui sont en fait de meilleurs parents que ceux de familles riches. L’expérience positive du langage relève du rôle parental. (Clinton, 2020, p. 61)

Jean Clinton, Ph. D., (2020) souligne que « … dans les études plus récentes, ce n’est pas uniquement de la pauvreté qui laisse les enfants avec une moindre quantité de mots. » (p. 60). Kathy Hirsh-Pasek et ses collègues ont constaté que le nombre de mots que les enfants entendent joue un rôle, mais aussi que la qualité des interactions entre les parents et les enfants comptent pour beaucoup (Hirsh-Pasek et coll., 2015). En observant et en analysant des enregistrements vidéo de mères et d’enfants qui jouaient ensemble, les chercheurs ont pu cerner d’autres facteurs particulièrement importants, notamment l’engagement conjoint et le rapprochement.

Une étude récente menée par Gilkerson et coll. (2018) ajoute d’autres données probantes à l’appui de l’importance de la communication des adultes avec les jeunes enfants, en particulier ceux âgés de 18 à 24 mois. Ils ont enregistré et analysé les échanges en alternance entre des enfants âgés de 2 à 36 mois et leurs parents à l’aide d’une technologie sophistiquée. Ils ont établi une corrélation entre l’alternance dans les conversations et le langage, et les résultats cognitifs mesurés jusqu’à dix ans plus tard.

Dans la vidéo suivante, Soderstrom explique les anciennes méthodes des études avec enregistrement et les nouvelles technologies qui facilitent l’enregistrement et le traitement des enregistrements.

VISIONNER Soderstrom – les études avec enregistrements (2:20)

Il ne fait aucun doute que les conclusions de Hart et Risley étaient révolutionnaires. Il est également clair qu’à mesure que les techniques de recherche deviennent plus raffinées, les chercheurs continuent d’étudier et d’en apprendre davantage sur le langage des enfants. Écoutez Soderstrom pour entendre un point de vue intéressant.

VISIONNER Soderstrom – l’étude de l’effet du SSÉ sur le développement du langage (3:23)

Selon vous, comment pouvons-nous mettre ces résultats en pratique dans les milieux de la petite enfance?

Comment utiliseriez-vous ces informations en travaillant avec les parents?

De quoi s’agit-il lorsque nous parlons du « fossé de 30 millions de mots »? Quelles sont les conséquences de ce fossé sur l’acquisition du langage des enfants? Comment les parents et les pourvoyeurs de soins peuvent-ils « faire parler » les enfants afin de minimiser cet écart?

Il est possible d’accroître la fréquence de communication entre les adultes et les enfants. L’une des expériences essentielles de la petite enfance est la communication verbale, à la fois à la maison et dans les programmes d’apprentissage pour les jeunes enfants. Dans la vidéo suivante, regardez l’éducatrice de la petite enfance soutenir le développement du langage d’un enfant de quatre ans.

VISIONNERDécouper la bestiole (4:12)

La communication verbale avec les enfants ouvre également la voie à des expériences de la littératie en bas âge, que nous explorerons à la page suivante.