Werker – les compétences linguistiques des nouveau-nés
C’est bien amusant de travailler avec des nouveau-nés. Nous tentons de comprendre ce qu’ils savent et ce qu’ils ne savent pas dans le contexte du langage, et quels types de penchants et de préférences ils affichent. Et les chercheurs qui travaillent avec des nouveau-nés tirent parti du répertoire des comportements d’un nouveau-né. Dans mon laboratoire, nous nous intéressons au réflexe de succion. Ainsi, à leur naissance, les nouveau-nés ont le réflexe de sucer. Si vous mettez votre doigt dans la bouche d’un bébé, ils vont se mettre à le sucer. Beaucoup de bébés naissent avec une ampoule au pouce parce qu’ils l’ont beaucoup sucé in utero. Le réflexe de succion est une réaction très bien développée. Et il est possible de modifier les propriétés du réflexe de succion en présentant aux nourrissons des stimuli, des sons ou des images qui les intéressent. Donc, si chaque fois qu’un bébé fait un mouvement de forte succion, vous leur faites entendre un son, ils vont changer le nombre de mouvements de forte succion par minute. Ils feront davantage de succions fortes afin de pouvoir entendre plus de sons. Nous pouvons conditionner l’intervalle entre deux relâchements de succion. Les bébés sucent en rafales. Ils font (bruit de succion) et la force de la succion, la durée de la succion, le relâchement, et l’intervalle entre les relâchements; tous ces éléments sont des choses que les bébés modifieront afin de voir ou d’entendre des stimuli intéressants. Et donc, dans mon laboratoire, lorsque nous testons les nouveau-nés sur leurs préférences pour différentes propriétés du langage ou sur leur capacité à distinguer un type de son d’un autre, nous utilisons la succion de forte amplitude. Nous présentons donc aux bébés un son chaque fois qu’ils font une succion considérée forte pour eux, soit une succion à amplitude élevée, et sur une période de plusieurs minutes, ils se mettent à sucer de façon assez vigoureuse pour entendre des sons. De plus, ils sucent plus vigoureusement aux sons qu’ils préfèrent aux sons qu’ils n’aiment pas. Ainsi, nous pouvons compter le nombre de succions à forte amplitude par minute en réaction à la langue maternelle en comparaison à une langue inconnue, par exemple, ou en réaction aux sons vocaux par rapport aux sons non vocaux, et les nourrissons nous montreront quelles sont leurs préférences par le nombre de fois qu’ils choisissent de sucer afin d’entendre ces sons.
