Soderstrom – l’étude des préférences linguistiques des nourrissons

Je m’appelle Melanie Soderstrom. Je suis professeure associée au département de psychologie de l’Université du Manitoba. Je dirige le laboratoire de langues pour bébés. Il s’agit d’un laboratoire de recherche expérimentale auprès des nourrissons et nous y examinons la manière dont les bébés apprennent leur langue maternelle.

Nous amenons des bébés au laboratoire et nous leur jouons des sons de parole, puis nous mesurons leur niveau d’intérêt pour ces sons et nous utilisons ces données pour apprendre ce qu’ils comprennent au sujet du langage, et ce qu’ils préfèrent dans le contexte du langage.

La première étude utilise une méthode nommée la procédure de préférence dans la rotation de tête. L’idée liée à la procédure de préférence dans la rotation de tête est que nous associons les sons de la parole à un stimulus visuel, ou simplement un affichage visuel. Et autrefois, il s’agissait en fait d’une lumière clignotante. Maintenant, nous le faisons généralement avec des écrans vidéo et nous affichons un cercle clignotant qui se transforme en un motif de damier. Et il s’agit simplement d’une façon de mesurer la préférence du bébé quant aux sons qui sont joués.

Donc, si le bébé tourne la tête, nous jouons le son de parole. Si le bébé détourne la tête après un certain temps, nous arrêtons le son de parole. Ainsi, les bébés apprennent très rapidement qu’ils peuvent contrôler les sons qu’ils écoutent.

Donc, le bébé entre dans le laboratoire. La mère assoit l’enfant sur ses genoux. La mère porte des écouteurs qui jouent un étrange mélange de musique et de sons de parole afin de masquer les sons joués pour le bébé, évitant ainsi qu’elle influence le comportement du bébé par accident. Et cela est vraiment important. Ensuite, l’expérimentatrice est située dans une autre pièce, donc elle n’entend pas non plus le son de parole joué et cela lui évite de biaiser les résultats. Ensuite, lorsque le bébé regarde vers l’avant, l’écran sur le côté s’allume. Lorsque le bébé regarde l’écran sur le côté, l’image change au damier et nous jouons le son de parole. Et comme je l’ai dit plus tôt, tant que le bébé regarde vers cet écran, nous continuons de jouer le son, et si le bébé détourne le regard, nous arrêtons le son.

Ainsi, plus le bébé regarde vers les écrans, plus il démontre de l’intérêt, et nous pouvons ainsi comparer différents types de paroles. Donc, dans cette étude particulière, nous examinons l’intérêt de bébé pour ce que l’on appelle le discours adressé aux bébés ou le parentais. En effet, la façon dont nous parlons aux bébés est différente de la façon dont nous parlons aux adultes.

Nous savons depuis un certain nombre de décennies que nous parlons différemment aux bébés qu’aux adultes. Ainsi, de nombreuses recherches ont été menées sur les différentes propriétés de ce discours, le fait que nous utilisons une voix plus aiguë et une prosodie plus variée, le fait que nous parlons plus lentement et en manifestant des émotions heureuses et positives, ainsi qu’un certain nombre d’autres caractéristiques. Et de nombreuses recherches soutiennent l’idée que le parentais est en fait bénéfique pour les bébés dans leur apprentissage du langage. Et de plus, un nombre croissant de recherches démontrent que les bébés préfèrent écouter des paroles énoncées dans ce style plutôt que dans le style de discours adressé aux adultes qui est un peu plus monotone, qui renferme des phrases plus longues et ainsi de suite.

Donc, ils entendent des sons de parole énoncés dans le style de discours adressé aux bébés et d’autres sons de parole qui sont plus dans le style de discours adressé à un adulte. Nous cherchons à observer s’ils aiment mieux les sons de parole dans le discours adressé aux bébés que ceux dans le discours adressé aux adultes.

Dans cette étude particulière, les sons de parole joués aux bébés sont en norvégien parce que nous examinons également les différences entre les langues et les communautés linguistiques dans le cadre des préférences des nourrissons.

Nous mesurons la durée du regard lors d’un essai, et si le temps de regard du bébé est long, nous interprétons cela comme signifiant que le bébé préfère ce stimulus de la parole, en comparaison à un temps de regard plus court. Mais évidemment, nous ne pouvons pas nous immiscer dans la tête du bébé, et nous faisons une inférence à ce sujet. Ces inférences sont l’une des choses qui différencient la recherche avec les nourrissons de celle avec les adultes ou même avec des enfants d’un certain âge où nous pouvons leur poser la question : « Est-ce que tu aimes ceci ou est-ce que tu n’aimes pas ça? » Nous devons procéder par inférence en fonction de leur comportement et de ce que les bébés ont la capacité de faire. Ils peuvent sucer des choses, ils peuvent regarder des choses, ils peuvent saisir des choses. Ce sont donc les comportements que nous pouvons mesurer.