1.2 Grandir dans la pauvreté
L’analyse de notre progrès n’est pas de savoir si nous ajoutons à l’abondance de ceux qui ont beaucoup; il s’agit plutôt de savoir si nous en fournissons suffisamment à ceux qui ont peu. (Franklin D. Roosevelt Presidential Library & Museum, sans date)
Comment la pauvreté s’inscrit-elle dans la perspective de la santé développementale?
Les enfants provenant de familles et de collectivités ayant des ressources limitées sont-ils destinés à avoir de faibles résultats sur le plan de la santé, de l’apprentissage et du comportement? Nous connaissons tous des exemples où cela n’est pas le cas.
En même temps, aux quatre coins du monde, la pauvreté fait manifestement entrave aux droits des enfants à la santé et au bien-être. Les conditions favorables dans la petite enfance établissent un fondement solide pour le reste du parcours. De toute évidence, la pauvreté fait obstacle à la capacité future des enfants de devenir des adultes forts et en bonne santé qui participent pleinement à la vie.
Lorsque nous observons le monde depuis l’espace, la Terre est belle. Nous vivons tous sur cette planète unique, mais nous vivons dans des contextes différents et ceux-ci exercent une influence sur notre vie et notre bien-être. Pour de nombreuses personnes, ces différentes réalités se manifestent par des différences marquées en matière de santé à long terme, de possibilités d’apprentissage et de bien-être.
Pourquoi certaines personnes et certaines populations connaissent-elles des privations et des difficultés extrêmes alors que d’autres n’en subissent pas?
Zulfiqar Bhutta, Ph D. et directeur fondateur du Centre of Excellence in Women and Child Health à la Aga Khan University, utilise souvent l’image de la Terre pour entamer une discussion sur les disparités et les inégalités de notre monde. Écoutez son explication de la métaphore.
De toute évidence, la pauvreté fait obstacle à la capacité future des enfants de devenir des adultes forts et en bonne santé qui participent pleinement à la vie.
Quel est le bilan du Canada en matière de pauvreté chez les enfants? L’UNICEF a publié un rapport sur le bien-être chez l’enfant dans les pays les plus riches. Celui-ci révèle que le Canada continue de se classer à la queue des autres pays. Le Bilan de l’UNICEF de 2018 place le Canada au 26e rang sur 35 pays, affichant l’existence d’écarts importants en matière d’inégalité.
Le taux élevé de pauvreté chez les enfants autochtones au Canada fait honte à la nation depuis des décennies. Les enfants autochtones sont deux fois plus susceptibles de vivre dans la pauvreté que les enfants non autochtones, et ce taux grimpe à 60 % des enfants autochtones demeurant dans les réserves. Le tableau suivant est tiré d’un rapport du Centre canadien de politiques alternatives publié en 2016 et intitulé Honteuse négligence : la pauvreté chez les enfants autochtones au Canada.

Denny et Brownell (2010) expliquent que les conditions associées à la pauvreté signifient que la charge allostatique (l’accumulation d’expériences stressantes qui peuvent avoir un effet négatif sur la physiologie) des enfants des groupes à faible statut socioéconomique (SSÉ) est supérieure à celle des groupes de SSÉ plus élevés. Songez aux effets de ces conditions sur un enfant : un logement inadéquat, l’insécurité alimentaire, un accès limité à des aliments nutritifs frais, une exposition aux toxines, un accès limité aux bibliothèques et aux activités culturelles, une exposition à la violence dans la collectivité, des troubles familiaux et des routines chaotiques. Il n’est pas difficile de comprendre en quoi ces conditions sont loin d’être idéales pour les enfants.
Dans la vidéo suivante, Noralou Roos, Ph. D. et fondatrice du Centre manitobain des politiques en matière de santé de l’Université du Manitoba, explique les façons dont la disparité des revenus touche la santé. Elle conclut en comparant les effets du cancer et les effets d’un faible revenu sur l’espérance de vie.
Roos mentionne que les répercussions négatives de la pauvreté sur la santé des enfants semblent bien apparentes au cours des premières années, puis elles refont surface à l’adolescence – mais elles ne sont pas aussi visibles entre les âges de 4 et 11 ans. À quoi cela pourrait-il être attribuable?
Est-ce que vous avez trouvé surprenante la conclusion de la Duke University selon laquelle la pauvreté a un effet plus important sur l’espérance de vie que le cancer? Pourquoi cela pourrait-il être le cas?
Il est important de bien réfléchir aux facteurs qui constituent la pauvreté chez les enfants. Est-ce que le revenu d’une famille détermine à lui seul si les enfants grandissent dans la pauvreté ou existe-t-il d’autres facteurs qui sont tout aussi importants, sinon plus? Quels pourraient être ces facteurs et, surtout, quelles sont les mesures de soutien les plus efficaces pour appuyer le développement des enfants qui vivent dans des contextes offrant un accès limité aux ressources matérielles? Comment se fait-il que certaines familles et collectivités réussissent bien malgré leur accès restreint à des ressources matérielles, alors que d’autres n’y arrivent tout simplement pas?
Visionnez la vidéo suivante où trois jeunes enfants du Bangladesh nous présentent leur village, leur famille et leurs programmes de développement des jeunes enfants. En regardant la vidéo, réfléchissez aux soutiens en matière de santé développementale qui sont offerts aux enfants et à la collectivité.
En quoi les programmes de développement des jeunes enfants dans la vidéo contribuent-ils au bien-être des enfants?
Selon vous, quels sont certains des aspects de ces programmes qui ont contribué à leur succès?
De quelle façon les programmes profitent-ils au village?
Le rapport, The Long Reach of Early Childhood Poverty (Duncan et Magnusson, 2011) résume les connaissances que nous avons au sujet de la pauvreté chez les jeunes enfants et ses résultats plus tard dans la vie. Voici quelques faits saillants de cette lecture :
- La portée à long terme de la pauvreté chez les jeunes enfants – les adultes ne réussissent pas aussi bien sur le marché du travail lorsqu’ils ont connu la pauvreté en tant que jeunes enfants en comparaison à plus tard dans l’enfance.
- La pauvreté pose un problème en raison de la portée de ses effets négatifs dans la vie d’une famille, par exemple, la sécurité dans le quartier, la capacité des parents à offrir des possibilités d’apprentissage, la détresse psychologique et les conflits des parents, et la disponibilité de services de garde de qualité.
- La pauvreté entrave le développement du cerveau dans le cas où cela signifie que l’enfant reçoit moins d’interactions service-retour, qu’il a accès à peu de ressources d’apprentissage et qu’il est exposé à un stress toxique.
- Les interventions visant à réduire les effets négatifs de la pauvreté devraient aborder directement la question du revenu, ainsi que les mesures de soutien offertes aux enfants et aux parents.

