Roos – l’effet du revenu sur la santé

Ce qui nous intéresse énormément, c’est de pouvoir observer les différences en matière de santé, celles qui existent entre les différents groupes sociaux, et ensuite de définir ce qui produit ces différences. Ainsi, dans l’une des études que nous avons menées, nous avons essayé de suivre les gens qui ont toujours vécu, ou les enfants qui ont toujours vécu dans les quartiers à faible revenu en comparaison à ceux qui ont toujours vécu dans des quartiers à revenu moyen, et ensuite en comparaison à ceux qui ont toujours vécu dans des quartiers à revenu élevé au cours de leur enfance. Nous constatons avec ces données qu’au cours de la première année, il existe de très grandes différences dans les taux d’hospitalisation et dans diverses caractéristiques en matière de santé. Elles sont importantes au cours de la première année, et un peu au cours de la deuxième année, et puis de nombreuses différences en matière de santé disparaissent entièrement.

Dans l’ensemble, les enfants sont en excellente santé à partir de l’âge d’environ quatre ans jusqu’à l’âge d’environ 10 ou 11 ans. Lorsqu’ils atteignent l’adolescence, ces différences refont surface. Nous voyons des accidents, des blessures, de la dépression. Un grand nombre de choses commencent à se développer. Mais ce qui est aussi très intéressant à noter, c’est que pendant toute cette période, l’écart s’accroît en matière d’éducation. Nous constatons qu’en comparant les résultats des enfants, je crois que le test se nomme l’indice de développement de l’éducation, donc dans l’IDE, que nous administrons aux enfants dès leur entrée à l’école, nous voyons qu’il existe des différences entre les groupes selon leur lieu d’origine, s’ils vivent dans des régions à revenu élevé ou dans des régions à faible revenu. Ces différences suivent le parcours prévu : les enfants des régions à revenu élevé réussissent mieux. Mais les différences ne sont pas énormes. En troisième année, les différences se manifestent davantage, en septième et en neuvième année, elles s’accentuent encore plus. En 12e année, comme je viens de le décrire, ces différences sont terribles. Et nous savons que les différences en matière de santé commencent également à refaire surface à l’adolescence et elles augmentent de façon remarquable au fil du temps.

L’un de mes exemples préférés, que je trouve extrêmement fort, est une étude menée à Duke il y a quelques années qui a examiné combien d’années nous ajouterions à l’espérance de vie des gens si nous pouvions éliminer le cancer. Nous entendons souvent parler du cancer de la prostate, et nous savons que le cancer du sein est mortel. J’ai une amie qui vient d’en mourir, j’ai aussi une nièce qui est décédée d’un cancer du col de l’utérus. Il s’agit d’une maladie incroyablement terrible – le cancer. Nous pourrions ajouter près de trois ans à l’espérance de vie si nous avions l’option de donner à chaque enfant, à la naissance, une pilule qui nous permettrait d’éviter d’avoir à se soucier de développer un des différents types de cancers. Aussi, nous devons avancer l’hypothèse héroïque qu’ils ne mourraient pas plus tôt de quelque chose d’autre, parce qu’en fait, nous finissons tous par mourir. Lorsque l’étude a été publiée, nous faisions la comparaison de l’espérance de vie dans les quartiers de Winnipeg. La différence d’espérance de vie entre les quartiers les plus pauvres de Winnipeg, qui représentent 20 % de la population, donc nous ne parlons pas de petits quartiers étroits, nous parlons de 20 % de la population vivant dans les quartiers les plus pauvres, en comparaison à 20 % de la population vivant dans les quartiers aux revenus plus élevés – pour les hommes, la différence dans l’espérance de vie était de 12 ans. Donc, si nous voulons saisir l’importance des différences entre ces groupes sociaux, ces chiffres sont très révélateurs.