Édition d’introduction - Écologie de l’enfance

1.1 Contextes

Le développement des enfants se produit dans le contexte de moments et d’endroits particuliers. Les enfants sont élevés dans de nombreux différents types de familles, de foyers et de collectivités.

Examinons…

Jacob

Jacob, âgé de quatre ans, vit sur une ferme près de Milo, une petite ville du sud-est de l’Alberta. Son père est cultivateur de blé et sa mère est infirmière et travaille par quarts à l’hôpital…
 

Ziba

Ziba, âgée de quatre ans, vit dans une banlieue de Moncton, au Nouveau-Brunswick. Elle vit avec sa mère et son frère aîné, Ben, dans une maison de trois chambres avec une cour arrière…

 

Michelle

Michelle, âgée de quatre ans, vit au centre-ville de Montréal dans un logement social subventionné avec ses sœurs jumelles âgées de deux ans, Alisha et Jean-Marie. Sa mère est étudiante…

 
En savoir plus 

En grandissant au Canada, qu’est-ce que ces enfants ont en commun?

Quelles différences vivent-ils dans leur expérience quotidienne et leur contexte familial? Selon vous, quel rôle ces différences peuvent-elles jouer?

Le terrain environnant et les ressources physiques à la disposition des familles contribuent également à rendre la vie quotidienne plus facile ou plus difficile. De nombreux pays présentent d’énormes variations géographiques. Au Canada, par exemple, songez aux différences géographiques entre le sud de la Colombie-Britannique et le Nunavut, ou entre les Prairies et la côte sud de la Nouvelle-Écosse. De nombreux autres facteurs qui se trouvent dans les environnements entourant les enfants exercent une influence sur leur développement et leur vie. Par exemple, songez aux différents contextes culturels de chaque famille et collectivité. Pensez aux soutiens et aux services offerts aux familles. Que pourraient être les effets des différentes possibilités économiques sur les familles et les collectivités ? Qu’est-ce que cela signifie dans la vie quotidienne d’un enfant?

Théorie bioécologique du développement humain

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L’une des théories les plus influentes dans le domaine du développement humain est le modèle écosystémique (1979) élaboré par Urie Bronfenbrenner, Ph. D. Ce modèle souligne l’influence bidirectionnelle de l’environnement sur le développement d’un enfant. Bronfenbrenner considérait que le développement humain se produisait dans le contexte d’un système complexe de relations à la fois entre diverses « couches » d’environnements et à l’intérieur de celles-ci. Il propose un cadre qui organise cet ensemble de systèmes environnementaux. Il établit que le monde de l’enfant est organisé « comme une série de milieux emboîtés les uns dans les autres, à l’image d’une poupée russe » (1979, p. 22). Ces systèmes vont du contexte le plus immédiat, comme celui de la famille, à des contextes plus larges qui n’impliquent pas directement l’enfant, comme le système juridique ou les croyances de la société. Bronfenbrenner a également reconnu l’influence du système biologique propre à un enfant dans sa théorie. La théorie reçoit ainsi un nouveau nom, soit le modèle bioécologique du développement humain.

Voici les différents systèmes environnementaux de la théorie de Bronfenbrenner :

  • Le microsystème désigne l’environnement immédiat de l’enfant (p. ex., la maison, l’école, le programme d’apprentissage des jeunes enfants). Chacun de ces contextes peut inclure les parents, les frères et sœurs, les pairs, le personnel enseignant ou les pourvoyeurs de soins de l’enfant. L’enfant est en contact direct avec les personnes de son environnement immédiat. L’influence de la relation entre ces personnes se produit dans les deux directions.
  • Le mésosytème se rapporte aux relations qui existent entre les composantes du microsystème (par exemple, l’interaction entre les parents et les pourvoyeurs de soins et le personnel enseignant).
  • L’exosystème est composé des milieux qui influencent le développement de l’enfant, mais qui n’ont pas de relation directe avec lui. Par exemple, le lieu de travail et les collègues d’un parent exercent une influence dans la vie de l’enfant. Si l’entreprise offre à son personnel des politiques qui valorisent la vie familiale (notamment du temps de congé familial ou des horaires de travail flexibles pour les parents avec de jeunes enfants), les répercussions sont susceptibles d’être plus positives que si le parent est tenu de travailler de longues heures ou de voyager fréquemment. En même temps, le lieu de travail du parent subira des effets si l’enfant est souvent malade.
  • Le macrosystème qui entoure les trois premiers systèmes représente les modèles idéologiques et institutionnels d’une culture ou d’une sous-culture particulière. Les enfants qui grandissent dans une communauté inuite du Nord canadien vivent dans le contexte d’une idéologie sociale différente de celle des enfants qui grandissent dans une banlieue aisée à l’extérieur de Toronto. Semblablement, les enfants qui grandissent au Canada vivent dans le contexte d’une idéologie sociale différente de celle des enfants qui grandissent en Italie ou en Ouganda.
  • Le chronosystème se rapporte à la dimension temporelle du modèle. Au fil du temps, l’enfant et son environnement subissent des changements. La source de ces changements peut être liée à la personne elle-même (p. ex., une blessure ou une maladie grave, la puberté) ou au monde extérieur (p. ex., la naissance d’un frère ou d’une sœur, la rentrée à un centre d’apprentissage pour les jeunes enfants, le divorce des parents, le chômage).

L’activité suivante vous permettra de réviser ces termes. Essayez l’exercice de jumelage pour tester votre compréhension.

La théorie bioécologique d’Urie Bronfenbrenner est considérée comme une  influence majeure dans la compréhension du développement de la petite enfance. Par exemple, son modèle nous aide à comprendre les profondes répercussions attribuables aux circonstances sociales et économiques de la famille, de la collectivité et du pays d’un enfant sur la capacité à offrir des conditions favorables au développement et à la santé des enfants. Dans la prochaine vidéo, le regretté Clyde Hertzman, Ph. D. et directeur fondateur du Human Early Learning Program (HELP) à la University of British Columbia, décrit certains des facteurs importants qui soutiennent les familles et les enfants.

VISIONNER Hertzman – les désirs des parents (1:07)

Nature culturelle du développement humain

Lev Vygotsky, Ph. D. et psychologue russe du début du XXe siècle, s’expliquait le développement humain individuel dans son contexte social, culturel et historique.

Barbara Rogoff, Ph. D., de la University of California Sant Cruz, et ses collègues (2003) définissent le développement humain comme étant un processus culturel qui se déroule en participant aux activités culturelles. Les pratiques en matière d’éducation des enfants sont fondées sur la culture et reflètent les points de vue locaux sur le monde et sur la façon dont nous croyons devoir préparer les enfants à s’insérer dans le monde. Les cultures définissent les tâches pour les enfants. Les différentes circonstances se traduisent par des compétences sociales, des capacités cognitives et des sentiments très différents à l’égard de soi-même et d’autrui. La prochaine lecture est une synthèse d’une série d’articles sur le sujet de la culture de l’Encyclopédie sur le développement de l’enfant. Cette synthèse montre l’importance de comprendre le lien entre la culture et le développement de l’enfant.  

Quelles sont vos expériences en matière de prestation de soins pendant que vous étiez jeune enfant? À votre avis, comment avez-vous été façonnés par le contexte culturel des soins que vous avez reçus?

La vidéo suivante illustre l’importance de la famille, du jeu et des repères culturels dans les programmes pour enfants offerts aux communautés inuites et de Premières Nations dans l’ensemble du pays.

VISIONNERNos enfants, notre façon d’être – L’ÉPÉ dans les communautés inuites et de Premières Nations (8:02)

Les programmes de la petite enfance dans la vidéo préconisent fortement que la culture soit à la base des programmes pour les enfants. Quelles sont les difficultés auxquelles sont confrontées les communautés inuites et de Premières Nations qui veulent établir des programmes pour leurs enfants qui offrent des repères culturels?

L’enquête sur les enfants autochtones n’a été menée qu’une seule fois auprès d’un échantillon de personnes ayant déclaré une ascendance autochtone lors du recensement de 2006 au Canada. L’article suivant fait état des types de services de garde d’enfants utilisés, des taux d’utilisation, ainsi que des facteurs familiaux et sociaux pour les enfants âgés de 2 à 5 ans. Les auteurs de l’étude rapportent que l’étude « montre qu’un service de garde favorisant les valeurs et coutumes traditionnelles et culturelles ou un service de garde où l’on parlait une langue autochtone peuvent avoir des influences positives sur les résultats des jeunes enfants des Premières Nations, des Métis et des Inuits. » (Findlay & Kohen, 2010)

Les enfants viennent au monde dans une famille, une culture, un endroit et une période, et ces environnements jouent un rôle dans leur développement. Le rôle et l’importance de la culture dans le développement et l’apprentissage sont un élément clé de toute discussion sur le développement humain à la petite enfance. Cependant, le gouvernement canadien a activement dénigré les traditions et valeurs culturelles des peuples autochtones pendant des siècles – certaines pratiques culturelles ont même été interdites. Les enfants ont été placés dans des pensionnats, loin de leur famille et de leur culture, ce qui a entraîné des années de traumatismes intergénérationnels. Le maintien de leurs traditions et de leurs langues s’est avéré difficile, mais la croissance des programmes d’apprentissage et de garde des jeunes enfants fondés sur les cultures autochtones est une avancée prometteuse.

Nous avons exploré, à la présente page, les différents contextes qui jouent un rôle important dans la vie des enfants. L’activité suivante passe en revue certains termes clés.

Intersectionnalité

L’intersectionnalité est la combinaison complexe des facteurs sociaux qui forme une identité multidimensionnelle et coexistante d’un individu. Ces facteurs sont influencés par l’expérience, l’histoire, les perspectives des autres, les événements et plus, et peuvent donner lieu à des iniquités pour les gens.

Explorez la Roue des privilèges et du pouvoir du gouvernement du Canada ci-dessous. Cette roue montre les multiples facteurs sociaux faisant partie de nos identités et le pouvoir collectif, les privilèges ou la marginalisation qui en découlent. Remarquez dans le diagramme l’aggravation des effets par les différents facteurs sociaux, à la fois positifs et négatifs.

Maintenant que vous avez examiné certains facteurs sociaux constituant l’identité d’une personne, envisagez les vôtres. Ci-dessous, vous pourrez voir dans quelle mesure vous avez du pouvoir et des privilèges dans la société.

Songez aux façons dont l’intersectionnalité touche les enfants et les familles. Quelles occasions se présentent aux familles des enfants en raison de leur intersectionnalité?

À quels obstacles les familles d’enfants font-elles face en raison de l’intersectionnalité?

Fonds des connaissances

L’intersectionnalité peut entraîner des iniquités, mais l’utilisation des fonds des connaissances des familles dans les programmes de petite enfance peut permettre aux enfants de se sentir véritablement inclus.

Bon nombre d’enfants et leur famille ont des capacités et des habiletés utiles qui constituent des atouts. On appelle ces atouts des fonds des connaissances. Les fonds des connaissances représentent l’accumulation de l’information culturelle et sociale, notamment des expériences diversifiées, uniques et personnelles avec des valeurs, des rôles, des capacités, des idées, des connaissances, des croyances, des attitudes, des perspectives, des traditions, des rituels, des ressources et des pratiques, qu’on acquiert par les relations à la maison, ou dans la communauté sociale plus large. Dans leur recherche, Moll. et coll. (1992) ont abordé certains fonds des connaissances qui pourraient contribuer à tout environnement d’apprentissage. Ceux-ci comprennent :

  • l’agriculture et l’exploitation minière;
  • le matériel et les connaissances scientifiques;
  • l’économie;
  • la médecine;
  • la gestion du foyer;
  • la religion.

Chacune de ces catégories contient des connaissances et des expériences plus détaillées.

Les familles peuvent avoir de nombreux différents types de fonds des connaissances. Vous trouverez d’autres exemples de ces atouts ci-dessous.