Notions de base du développement de l’enfant

2. Perspectives sur le développement de l’enfant

À la page précédente, nous avons examiné ce en quoi consiste le développement de l’enfant. Dans la présente section, nous nous pencherons sur le « pourquoi », c’est-à-dire que nous explorerons les diverses façons dont les théoriciens de différentes écoles et époques ont tenté d’expliquer le développement. Nous examinerons aussi les méthodes de recherche sur le développement de l’enfant.

Le développement de l’enfant est complexe et a de multiples facettes. Nous commencerons par aborder l’éternelle question : qu’est-ce qui fait de nous ce que nous sommes? Est-ce les gènes que nous héritons de nos parents (l’inné) ou nos expériences de vie (l’acquis)?

Inné ou acquis

Le débat sur la mesure dans laquelle la génétique ou les expériences, comme l’alimentation, le bien-être et le lieu de résidence, influencent la croissance et le développement de l’enfant dure depuis plus d’un siècle. C’est ce qu’on appelle le débat entre l’inné et l’acquis.

Par exemple, en faveur de l’inné, un argument pourrait être que la faculté de compréhension du langage est innée, peu importe l’environnement dans lequel l’enfant grandit; tandis qu’en faveur de l’acquis, un argument pourrait être que la capacité langagière est entièrement déterminée par l’environnement, et que tous les enfants pourraient acquérir les mêmes capacités langagières dans les mêmes circonstances.

Nous savons maintenant que l’inné (les gènes que nous héritons des deux parents) et l’acquis (les environnements physiques, sociaux et émotionnels dans lesquels nous grandissons), sont indissociables. Lorsqu’on lui a demandé quel élément entre l’inné et l’acquis contribue le plus à la personnalité humaine, le défunt neuropsychologue canadien Donald Hebb a répondu : « Quel élément contribue le plus à la superficie d’un rectangle, sa longueur ou sa largeur? » Cette analogie montre que, tout comme la longueur et la largeur sont indispensables pour déterminer la superficie d’un rectangle, la croissance et le comportement humains relèvent autant des gènes que de l’environnement, et c’est cette interaction qui fait de nous ce que nous sommes (Hannay, 2014).

Chaque enfant a une composition génétique unique qui, à son tour, est influencée par l’environnement dans lequel il grandit. Pour revenir à l’exemple du langage, les chercheurs ont constaté que les cerveaux des bébés semblent être « programmés » pour apprendre le langage, mais que la manière dont cet apprentissage se fait est influencée par leurs environnements physiques et sociaux. Tous les bébés produisent les sons de toutes les langues qui existent durant les premiers mois suivant la naissance, mais, vers l’âge de neuf mois, ils ne reproduisent que les sons de la langue ou des langues qu’ils entendent dans leur entourage. En résumé, l’inné collabore avec l’acquis pour créer la personne dans son ensemble (Werker et Gervain, 2013).

Théories du développement de l’enfant

Une théorie est un ensemble intégré d’idées tentant d’expliquer, de prévoir et de comprendre le développement et le comportement humains. Dans le domaine de l’éducation de la petite enfance, les théories offrent des cadres de travail utiles pour comprendre les processus complexes du développement de l’enfant, mais chacune a ses limites et ses points forts. En science, une théorie se compare à une perspective que les chercheurs appliquent dans le cadre de leurs recherches. Les théories influencent aussi nos croyances et nos comportements autour des enfants. Les théories occidentales du développement de l’enfant ont traditionnellement dominé dans le domaine de l’éducation de la petite enfance, mais il existe de nombreux points de vue différents qui tiennent particulièrement compte des variations culturelles dans le développement, l’éducation et les normes sociales. On peut sans doute affirmer qu’aucune théorie n’explique le développement à elle seule.

Théories occidentales

Les gens réfléchissent au développement de l’enfant et conçoivent des théories à ce sujet depuis plusieurs siècles. John Locke, philosophe anglais du 17e siècle, a été l’une des premières personnes à traiter du sujet de l’enfance. Il a mis de l’avant l’idée que chaque enfant naît comme une « ardoise vierge » (en latin, tablula rasa), signifiant que la façon dont l’enfant se développe dépend entièrement de ses expériences, celui-ci en venant à porter les « inscriptions » laissées par ses environs et ses interactions. Locke recommandait de laisser les enfants jouer, et s’opposait à la discipline sévère, qui était pratique courante à l’époque.

Le philosophe Jean-Jacques Rousseau a proposé une idée différente. Il croyait que les enfants naissaient avec une conception du bien et du mal et un « plan prédéfini pour une croissance saine et ordonnée » (Bertrand, 2025, p. 28). Rousseau proposait aux adultes de recourir à une philosophie axée sur l’enfant pour tenir compte des besoins des enfants à la première enfance, à la petite enfance, à la fin de l’enfance et à l’adolescence (Bertrand, 2025).

À la suite de ces théories initiales, d’autres penseurs se sont penchés sur le sujet du développement de l’enfant et ont influencé notre perception de celui-ci. La prochaine lecture offre un sommaire des grandes perspectives théoriques occidentales du 20e siècle.

Pensée reconceptualiste

Dans le domaine du développement de l’enfant, la pensée reconceptualiste représente un délaissement des théories occidentales traditionnelles décrites ci-dessus, en faveur de perspectives plus critiques, sensibles à la culture et contextualisées sur le plan social. Cette approche remet en question les hypothèses théoriques classiques du développement linéaire et universel, et met l’accent sur la diversité, le contexte et les influences sociopolitiques.

Dans la prochaine vidéo, Shelly Mehta, Ph. D., professeure et coordonnatrice au George Brown College, explique le développementalisme (les idées reçues sur le développement de l’enfant) dans les contextes de la petite enfance. 

VISIONNER Mehta – developmentalism (1:50)

Voici certains des principaux éléments de la pensée reconceptualiste :

  • La remise en question de ce qui est considéré comme le développement « normal » ou sain à travers les sociétés, car les enfants grandissent dans différents environnements culturels selon leur lieu de résidence et l’époque durant laquelle ils vivent.
  • Les stades et les jalons traditionnels du développement sont trop contraignants, puisque la diversité des pratiques et des croyances culturelles mène à différents parcours de développement.
  • Les facteurs comme le colonialisme, la mondialisation et les inégalités socioéconomiques exercent une grande influence sur le développement de l’enfant.
  • Les théories traditionnelles du développement de l’enfant, fondées sur des recherches et des valeurs de la classe moyenne occidentale, peuvent ne pas s’appliquer aux enfants dans de nombreuses autres régions du monde.

La prochaine lecture porte sur l’intersectionnalité.  

Écoutez maintenant Shawnee Hardware, Ph. D., professeure et coordonnatrice à la School of Early Childhood du George Brown College, décrire la théorie critique de la race et l’intersectionnalité.

VISIONNER Hardware – l’intersectionnalité (3:25)

Des théories à la recherche

Les théories du développement de l’enfant permettent d’émettre des hypothèses sur la façon dont les enfants se développent et se comportent. Par exemple, une théorie sur l’amitié entre les jeunes enfants expliquerait nos observations des interactions entre les enfants, et permettrait de prévoir pourquoi les enfants se lient d’amitié. En appliquant la théorie selon laquelle les enfants apprennent par l’observation, nous pourrions prévoir que les enfants deviennent des amis en raison du type d’interactions et de relations qu’ils vivent et observent dans leur famille. Cette prévision, ou hypothèse, nous pousserait à orienter nos observations vers les échanges au sein des familles.

Les théories et les hypothèses sont les premières étapes de la recherche sur le développement de l’enfant. Comme dans d’autres domaines d’études, la recherche sur le développement de l’enfant se fonde sur la méthode scientifique, qui suit les processus suivants : la détermination et l’analyse d’un problème, la collecte de données, l’analyse des données et la diffusion des conclusions au public. La lecture suivante fournit plus de détails sur ces étapes.

Comme il est mentionné dans la lecture ci-dessus, la stratégie de recherche comprend la méthode de collecte de données et le concept de recherche. La prochaine lecture passe en revue certaines des méthodes courantes utilisées pour la recherche sur le développement de l’enfant.

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La petite enfance est une période de changements énormes et rapides durant laquelle les petits bébés deviennent des enfants d’âge préscolaire actifs et bavards. À la page suivante, nous examinerons la façon dont se déroule le développement.