Werker – l’étude coréenne
Je crois que la question d’une période critique pour l’acquisition de la langue doit aussi être traitée à différents niveaux de langue. Nous pouvons probablement continuer d’accroître le vocabulaire tout au long de notre vie. Il n’y a pas de période critique pour l’acquisition du vocabulaire. La syntaxe ou la grammaire de la langue deviennent plus difficiles. La phonologie, les propriétés sonores de la langue, devient plus difficile. Il y a aussi la question de l’exposition et des conditions de formation, qui me semble très importante. Il existe une étude récente qui, selon moi, est très intéressante et qui nous fait tous réfléchir à la notion de périodes critiques. Elle a été réalisée en France par Christophe Pallier et d’autres chercheurs. Ils ont examiné des interlocuteurs francophones dont la langue maternelle était le coréen. Des orphelins de la guerre de Corée, âgés de 8 ou 9 ans, avaient été adoptés dans des foyers francophones de petits villages isolés. Au moment de l’adoption, ils ne parlaient pas le français, seulement le coréen. Subséquemment, ils n’ont eu pratiquement aucune exposition au coréen pour le reste de leur vie. Maintenant, beaucoup d’entre eux étant des adultes d’âge moyen, leur capacité à parler le français n’est aucunement différente de toute autre personne francophone. On ne trouve aucune différence dans leurs capacités perceptuelles pour le français, aucune différence considérable dans les études d’imagerie cérébrale de leur réponse au français et, de l’autre côté, il ne reste rien du coréen qui aurait pu être révélé pendant l’analyse. Selon moi, c’est un exemple puissant de souplesse accrue après l’âge auquel nous croyions qu’il n’y en avait plus, et c’est dans une circonstance où les interférences de la première langue ont été retirées. Beaucoup d’entre nous réexaminent maintenant nos hypothèses sur les périodes critiques. Lorsque des données semblent montrer ce qui ressemble à une période critique de l’acquisition de la langue, il faudrait savoir dans quelle mesure cela est basé sur quelque chose d’immuable et dans quelle mesure c’est basé sur une interaction entre le développement biologique et les types d’expériences d’apprentissage et d’écoute que l’enfant a vécues.
