Werker – interpréter la recherche
Ce schéma de résultats avait deux explications possibles. L’une était que l’exposition aux inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (IRS)perturbait le circuit de sorte qu’il interférait avec l’apprentissage, la perception ou l’exécution des tâches que nous examinions; en effet, des preuves indiquent que l’exposition aux IRS modifie l’organisation tonotopique du cortex auditif primaire. L’autre possibilité était que l’exposition aux IRS avait déplacé toute la période sensible plus tôt dans le développement, et que des changements se produisaient même avant l’âge de 6 mois, et que si nous avions testé les bébés à un plus jeune âge, nous aurions pu observer de la différenciation. Nous n’avions pas testé les bébés à 4 mois, à 2 mois ni même à la naissance, mais notre ensemble de données contenait notre examen de la distinction de voyelles et de consonnes in utero, à 36 semaines d’âge, en mesurant la décélération de la fréquence cardiaque fœtale au moment d’un changement. Si, par exemple, un bébé entend da da da da da da en continu et que le son est remplacé par ta, il y a une décélération temporaire de la fréquence cardiaque. Des travaux antérieurs ont indiqué qu’à 36 semaines de gestation, les fœtus distinguent les voyelles, mais il n’y a aucune preuve indiquant qu’ils distinguent les sons de consonnes très semblables aussi tôt. Nous les avons donc testés selon une distinction da-ta et une distinction ah-e. Notre échantillon comprenait des fœtus dont la mère prenait des IRS et des fœtus dont la mère n’était pas déprimée et ne prenait pas d’inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS), mais pas de groupe de fœtus non exposés dont la mère était atteinte de dépression. Nous avons observé qu’à 36 semaines, les deux groupes de fœtus distinguaient la différence entre les voyelles; la distinction était demeurée en place chez les bébés exposés aux IRS. Ils faisaient exactement ce qui avait été rapporté dans la documentation antérieure pour une population typique. Fait intéressant, nous avons aussi reproduit l’incapacité des fœtus de 36 semaines n’ayant pas été exposés aux IRS de distinguer la différence entre les consonnes, mais les fœtus exposés aux IRS la distinguaient. Notre interprétation pour cette série de constatations est que l’exposition aux IRS accélère l’apparition de la plasticité et les voies par lesquelles elle le fait pourraient être les voies typiques de fonctionnement de la sérotonine, mais pourraient aussi plutôt être des voies différentes aya nt déjà intervenu dans le changement de plasticité, comme des voies GABAergiques ayant déjà intervenu. Il pourrait donc s’agir d’un ensemble de voie s différentes, entraînant le devancement de la sensibilité aux propriétés de la langue maternelle et du déclin de la sensibilité. Nous croyons que l’exposition aux IRS accélère l’apparition de la plasticité, mais la réponse pour les mères déprimées n’est pas de ne pas prendre d’IRS, parce que la dépression maternelle a aussi des conséquences développementales qui ne sont pas traitées par les IRS. Le message que nous voulons que les mère s retiennent est de ne pas s’en vouloir si elles sont déprimées. L’incidence de la dépression est très élevée chez les gens et les femmes sont particulièrement susceptibles de vivre un épisode de dépression dans leur vie. Le message est qu’en faisant ce type de recherche, cela nous permet de comprendre quels sont les effets et de collaborer avec Takao Hensch, qui s’occupe du modèle animal, afin d’entrer dans les circuits et de voir précisément la façon dont la dépression ou l’exposition aux IRS modifient le développement. Nous sommes en position de travailler avec les mère s et de leur expliquer que la dépression fait partie de ces choses qui arrivent. Plein de choses que nous ne pouvons contrôler nous arrivent et arrivent au bébé pendant la grossesse, mais en acquérant une compréhension mécanique des effets sur le processus de développement, nous sommes en meilleure position pour optimiser le développement des enfants et de leur mère. Dans notre laboratoire, nous n’avons pas encore examiné la façon dont la qualité des interactions mère-nourrisson peut influer sur ces différentes trajectoires de développement et interagir avec elles, mais c’est un domaine très intéressant et important qui devrait être approfondi.
