Weinberg – les modèles animaux

Je travaille avec des modèles animaux d’exposition prénatale à l’alcool. Ils ont joué un rôle très important dans ce domaine. Lorsque le syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF) a d’abord été décrit dans des articles atteignant le public en 1973, il y a eu beaucoup de scepticisme quant au fait que l’alcool pouvait causer ce très grave trouble appelé le syndrome d’alcoolisation fœtale. Les gens buvaient depuis l’ère biblique et cet effet n’avait jamais été décrit, puis, tout à coup en 1973, arrive cette « nouvelle » chose appelée le syndrome d’alcoolisation fœtale. Les gens n’y croyaient donc pas et disaient que ce n’était pas causé par l’alcool, que ça devait l’être par la drogue, une maladie du foie ou la malnutrition. Ça devait être autre chose. Les modèles animaux ont été produits très tôt dans ce domaine, très peu de temps après l’apparition du SAF dans la documentation. Ils ont joué un rôle essentiel pour montrer que l’alcool était l’agent tératogène. Un agent tératogène peut causer des déficiences de naissance, comme des handicaps physiques, comportementaux et cognitifs. C’est pourquoi les modèles animaux sont essentiels. Dès le départ, toute une gamme de modèles animaux a été développée, certains utilisaient le porc miniature, un animal qui aime boire de l’alcool. Il y avait aussi des travaux avec des chiens, des primates et, surtout, des rats et des souris. Tous ces travaux ont reflété ce qui était observé dans les études sur les humains, dans la documentation clinique, soit que les effets existent sur un continuum, un spectre allant de très léger à très grave, et qu’on peut directement lier toutes les observations à l’alcool, parce qu’un modèle animal permet de contrôler tout ce qui ne se contrôle pas dans les études cliniques. Nous pouvons contrôler la santé maternelle, la nutrition, le dosage et le moment d’exposition à l’alcool. Nous pouvons contrôler la génétique en utilisant des animaux dont la sensibilité est plus élevée ou moins élevée à l’alcool, ce qui élimine une partie de la variabilité génétique en situation clinique. Nous pouvons contrôler l’environnement. Ainsi, dans ces conditions très contrôlées, les modèles animaux étaient vitaux pour montrer que l’alcool entraînait véritablement les changements observés en situation clinique, de la dysmorphie faciale – les traits du visage caractéristiques du SAF – jusqu’aux changements de comportement, d’apprentissage, de mémoire et d’autres facteurs semblables C’est la première raison pour laquelle ces modèles ont été utiles : pour confirmer que l’alcool était le facteur tératogène. La deuxième raison est qu’ils nous permettent d’examiner les mécanismes. Comment l’alcool produit-il ses effets? Comment l’alcool influence-t-il l’organisme? Comment influence-t-il le cerveau? De plus, nous pouvons prendre des cerveaux directement d’une étude sur les animaux et les examiner attentivement afin de comprendre les effets de l’alcool sur le cerveau.