Shanker – l’évolution

Dès le départ, nous avons porté notre intérêt à la question : pourquoi le parent, ou pourquoi les personnes soignantes principales jouent-elles un rôle si important dans le processus de développement précoce du cerveau? Et pour répondre à cela, nous avons commencé à étudier l’évolution attentivement. Nous avons étudié cela de très près. La communauté neuroscientifique manifeste une prise de conscience croissante en ce qui concerne l’évolution du cerveau humain. Nous voyons que la nature a été confrontée à un dilemme très intéressant lors de l’évolution du cerveau humain. D’une part, elle a découvert que la bipédie, soit la capacité de marcher sur deux jambes, donnait aux humains un merveilleux avantage sur toutes les autres espèces.

D’un autre côté, la nature découvrait qu’un gros cerveau nous donnait également un avantage merveilleux en matière de capacité à planifier, à se souvenir, à prévoir. Cela a créé un dilemme, et le dilemme était de savoir jusqu’à quelle taille un cerveau pouvait évoluer sans empêcher les femmes de marcher sur deux jambes. Elles devaient pouvoir donner naissance à ces enfants au gros cerveau.

La nature a mis au point une solution très intéressante. Essentiellement, elle nous fait donner naissance à nos bébés de façon prématurée. Nos bébés, pour citer Stephen J. Gould, sont des « fœtus en dehors de l’utérus » pendant les neuf premiers mois de vie. À la naissance, le cerveau est à environ un quart de la taille du cerveau adulte. Maintenant, il fallait veiller à ce que les bébés vivent les expériences appropriées nécessaires pour développer l’architecture de ce cerveau émergent.

Donc, la nature a établi différents mécanismes pour faire en sorte que la personne soignante principale, généralement la mère biologique, reste à proximité de son bébé. Ainsi, nous avons des choses comme les hormones libérées par le bébé qui rampe sur le ventre de la mère immédiatement après la naissance pour trouver le sein, guidé par son odorat. Et quand nous étudions ce phénomène, nous voyons que cela libère de l’ocytocine chez la mère, l’hormone dite de l’attachement. Ce processus stimule également les hormones gastro-intestinales et réagit sur le cerveau du bébé.

Nous avons donc ces mécanismes, qui sont en grande partie innés, qui assurent l’établissement d’une relation étroite entre la personne soignante et le nourrisson au cours les deux premières années, c’est-à-dire pendant la période au cours de laquelle la croissance du cerveau de l’enfant est en explosion.