Shanker – la trajectoire du développement du cerveau
Au commencement de la thérapie, nous prenons les mesures usuelles au moyen d’outils psychométriques qui nous disent exactement comment un enfant se compare à ses pairs quant à sa capacité de traiter l’information, de résoudre des problèmes et d’utiliser des symboles. Puis, pendant une thérapie d’environ 35 heures par semaine, nous travaillons très étroitement avec ses parents. Nous étudions son cerveau à des intervalles réguliers. Nous voulons voir s’il y a une progression dans l’activation du cortex cingulaire antérieur. Autrement dit, commençons-nous à activer cette partie du cerveau qui n’était pas active et qui ne traitait pas l’information sociale? Les enfants dans notre étude varient de 2 à 4 ans. Ils sont tous sensiblement au même niveau de développement. C’est un niveau auquel ils ont beaucoup de difficulté à gérer les interactions sociales et à traiter l’information sociale, et ont des troubles de langage et de résolution de problèmes. Ils ont aussi plusieurs problèmes biologiques que nous traitons avec l’aide, par exemple, d’ergothérapeutes. Une des questions qui nous intéresse le plus est de savoir s’il est possible d’habiliter un enfant qui a suivi cette trajectoire neurobiologique biaisée pour des raisons biologiques. Cela veut dire que le développement de son cerveau a été perturbé en raison de son incapacité à traiter l’information sociale et à participer à des relations sociales usuelles, ces dernières étant, selon tous nos travaux, les principaux mécanismes du développement cérébral dans les premières années de vie. Si nous prenons le cas d’un enfant plus âgé, disons de 5 ou 6 ans, qui n’a pas eu de relations sociales et que nous lui faisons suivre une thérapie très intense, nous savons que nous pouvons l’entraîner à, par exemple, mémoriser certains scénarios sociaux. En cas extrême, l’enfant pourrait mémoriser que si une personne relève les coins de sa bouche et que de petites rides se forment sur le bord de ses yeux, cela signifie qu’elle sourit et qu’elle est heureuse, et que lorsqu’une personne est heureuse, cela signifie qu’elle aime ce qu’il dit. Il s’agit d’une tâche de mémorisation très machinale et nous essayons de donner beaucoup de tâches aux enfants. Lorsque nous étudions le cerveau de ces enfants, nous voyons que les parties du cerveau qui régulent la mémoire sont extrêmement actives. Nous avons donc exploité ces centres, ces systèmes qui régulent la mémoire, mais n’avons pas vraiment touché aux systèmes qui régulent l’information sociale et l’interaction sociale. Nous voulons savoir ceci : si nous prenons un enfant beaucoup plus jeune dont le cerveau est encore plastique et capable de créer des liens substantiels, et que nous adoptons une thérapie visant à mobiliser la connaissance et la compréhension de l’enfant à l’égard de l’information sociale, pouvons-nous activer ces parties du cerveau et entraîner leur développement? Donc, au lieu que les interactions sociales soient régulées par les systèmes de la mémoire, elles seraient plutôt, comme la plupart d’entre nous, régulées inconsciemment par les parties du cerveau comme le cortex cingulaire antérieur et le cortex orbitofrontal. Jusqu’à maintenant, nous observons que pour un enfant en jeune âge dont le cerveau est encore plastique, il existe des signes très encourageants indiquant qu’il est possible de le remettre sur une trajectoire neurobiologique saine.
