Nelson – résultats BEIP à l’âge de 8 ans
[Le projet d’intervention précoce de Bucarest entame sa douzième année. Les enfants sont maintenant âgés de 12 ans. Nous procédons à faire le suivi en ce moment. Nous n’avons pas les données pour l’âge de 12 ans parce que nous venons de commencer à les recueillir, mais nous avons celles qui ont été recueillies tout au long des huit premières années.] Le scénario que nous observons à l’âge de huit ans ressemble fortement au scénario rapporté lorsque les enfants étaient beaucoup plus jeunes. Il s’avère que vivre en établissement entraîne de profonds déficits dans presque tous les domaines à l’examen : le QI, le langage, le développement du cerveau, la croissance, et d’autres domaines semblables. Si nous observons les enfants de l’intervention qui sont placés en famille d’accueil, dans la plupart des domaines, les enfants bénéficient grandement de ces placements. Nous ne sommes pas encore au point où les enfants connaissent un développement typique, de sorte que leurs QI passent de 75 à 85 ou un peu plus, mais nous n’observons pas de résultats QI de 100. La dernière partie, et je crois qu’il s’agit de la partie la plus importante dans l’optique de la neuroscience, c’est que dans les domaines où nous voyons l’intervention fonctionner, certains domaines ont une période d’âge sensible qui s’y rattache, en comparaison à d’autres domaines qui n’en ont pas. Donc, par exemple, dans les domaines du QI, de l’EEG, du langage, nous voyons que les enfants qui reçoivent un placement avant l’âge d’environ 22 à 24 mois réussissent beaucoup mieux que les enfants placés après cet âge.
Il y a quelques domaines où nous observons un effet attribuable à l’intervention, mais aucun effet lié à l’âge de l’enfant. Par exemple, nous constatons une réduction spectaculaire du nombre d’enfants souffrant d’anxiété ou de dépression, peu importe l’âge qu’ils avaient au moment d’aller en famille d’accueil. Peu importe leur âge, ils deviennent moins anxieux et moins déprimés. Il y a, cependant, quelques domaines où nous n’observons vraiment aucun effet attribuable à l’intervention. Nous ne voyons donc pas vraiment d’amélioration dans les fonctions exécutives, et dans le même domaine, nous n’avons pas vu de baisse dans ce que nous appelons les troubles de comportement extériorisé comme le trouble déficitaire de l’attention ou le trouble de conduite. Ainsi, les enfants placés en famille d’accueil ne présentent pas moins de TDAH que les enfants qui demeurent en établissement.
Maintenant, nous croyons que ces résultats pourraient être imputables au fait que l’âge moyen du placement était d’environ 22 mois. Il est donc tout à fait possible que le placement des enfants ait eu lieu trop tard. Dans ce cas, cela signifierait que les circuits neuronaux qui sous-tendent les troubles comme le TDAH sont établis avant l’âge de deux ans, ce qui soulève la question de savoir à quel moment dans la vie de l’enfant nous devrions procéder au dépistage pour le TDAH.
Donc, on me pose souvent la question de savoir pourquoi le BEIP (projet d’intervention précoce de Bucarest) est si important. Quels sont les nouveaux sujets abordés par le projet? Tout d’abord, il s’avère que très peu d’études ont examiné un large échantillon d’enfants institutionnalisés à l’heure actuelle, et aucune étude n’a déjà examiné cela dans l’optique de la biologie ou de la neuroscience. Deuxièmement, il s’agissait d’une étude d’intervention qui nous a permis d’examiner la question des périodes d’âge sensibles. La question était de savoir si les enfants placés dans des milieux plus favorables à des moments particuliers dans leur développement auraient de meilleurs résultats. Il existe de nombreuses études comme celle-ci portant sur les singes, mais aucune étude n’a été menée auprès des êtres humains. Je crois donc que la leçon la plus importante à tirer de l’étude est qu’il existe des périodes d’âge sensibles lors du développement humain. Les enfants issus de circonstances vraiment défavorables placés dans des circonstances meilleures, de meilleures familles, à des moments particuliers de leur développement ou avant ces moments bénéficient largement du placement, même si ces enfants sont handicapés d’une manière ou d’une autre dès le départ.
Et la dernière chose que l’étude nous a donnée, c’est un indice sur le mécanisme du développement. Lors de la réunion de l’AAAS la semaine dernière à Vancouver, quelqu’un m’a demandé : « Quels sont des résultats issus de votre recherche que nous ne savions pas déjà? » J’ai répondu que nous n’étions pas tout à fait surpris que les enfants qui grandissent en établissement ne réussissent pas très bien, mais maintenant nous savons les raisons pour lesquelles cela se produit. Avec nos données biologiques et nos données neuroscientifiques, nous avons une certaine idée des facteurs dans le développement du cerveau qui mènent à l’anxiété, à un TDAH ou à un autre trouble chez les enfants. Donc, je crois qu’il s’agit de dernière leçon, nous pouvons non seulement décrire les effets de l’adversité au début de la vie, mais aussi, nous avons la possibilité d’expliquer pourquoi ces effets causent de tels dommages.
