Nelson – les difficultés d’apprentissage - Transcription Textuelle
Nous nous sommes concentrés sur un aspect de la reconnaissance faciale pendant plusieurs années, qui concerne expressément la façon dont les bébés développent la capacité de reconnaître les expressions du visage représentant les émotions. J’ajouterais que je me suis intéressé à cette question lorsque je travaillais avec des enfants ayant des difficultés d’apprentissage au Camp Towhee, qui est à Haliburton, en Ontario. Ce qui se produit couramment chez beaucoup d’enfants ayant des difficultés d’apprentissage est qu’ils ont des déficits de communication sociale. Il arrive parfois qu’ils ne sachent vraiment pas comment lire une expression faciale pour savoir ce que l’autre ressent. C’est à partir de là que j’ai décidé d’essayer de comprendre l’ontogenèse, c’est-à-dire, l’origine, de cette capacité. Donc, chez les enfants à partir de quelques mois, puisqu’avant ce délai leur visions n’est pas très bonne et qu’elle devait suffisamment l’être pour examiner des changements subtils du visage, jusqu’à environ 4 ou 5 ans, nous avons examiné les changements dans la capacité des enfants à reconnaître différentes expressions faciales et les facteurs qui influencent cette capacité. Un exemple de ce dernier point est que dans le Bucharest Early Intervention Project, nous examinons la reconnaissance d’émotions chez nos enfants placés en institution parce que nous croyons que les parties du cerveau intervenant dans la reconnaissance des émotions, comme le bulbe rachidien, qui est une structure profonde du cerveau située très près de l’hippocampe au centre, environ ici, et une autre partie appelée le cortex orbitofrontal, qui en gros, si je peux rassembler ceci, se trouve dans le lobe frontal, directement derrière notre œil, donc juste derrière ici. Ce sont les parties qui, nous savons, jouent un rôle important dans la reconnaissance des expressions faciales. Nous croyons que ces parties pourraient avoir été perturbées, selon les expériences des jeunes enfants en institution, et que les enfants pourraient ne pas présenter les profils développementaux typiques de la reconnaissance des émotions. Mais, en fait, nous voyons qu’ils sont plutôt normaux à cet égard. C’est peut-être simplement que nous ne les avons pas examinés suffisamment longtemps, il s’agit de bébés seulement âgés d’un an ou d’un an et demi, et peut-être qu’au moment où ils seront âgés de 4 ou 5 ans, ils présenteront des différences, mais pour le moment tout semble bon. L’objectif est de faire le suivi de ce développement, et nous avons remarqué que les bébés sont très doués pour différencier la joie des autres expressions faciales. Ils sont capables de le faire à l’âge de quelques semaines seulement. Mais, ils ont plus de difficultés à différencier des expressions négatives, comme la peur de la colère, avant d’atteindre un an. L’autre fait surprenant, du moins concernant les bébés, est que si nous leur donnons le choix entre regarder la peur ou la joie, ou la peur et n’importe quelle autre émotion, ils regarderont toujours davantage la peur. Elle ne les perturbe pas, c’est simplement leur préférence. Nous croyons que c’est important parce que la peur est une émotion majeure. Nous pensons qu’ils ont un type de dispositif intégré qui les attire vers la peur parce qu’elle envoie un signal indiquant une situation potentiellement dangereuse. Il est probable que, lorsqu’ils vieilliront, la peur les perturbera, mais étant jeunes, ils ne font que la regarder davantage. Pour cette raison, ils ne présentent parfois pas de preuves qu’ils distinguent la peur des autres expressions parce qu’elle les attire tellement qu’ils ne regardent même pas les autres expressions. C’est une observation intéressante que nous avons faite en chemin. Ces résultats concernent les enfants ayant des difficultés d’apprentissage, les enfants ayant des problèmes neurodéveloppementaux, comme l’autisme ou le syndrome de Williams, qui sont des troubles génétiques à certains égards, causant que ces enfants présentent parfois des déficits dans la reconnaissance des expressions faciales. Ce qui est particulièrement problématique pour les enfants autistes est que s’ils ont aussi des retards de langage, ils ne peuvent pas bien communiquer sur le plan linguistique et cela signifie qu’ils ne peuvent pas non plus communiquer de façon non verbale. Ils ont alors un véritable déficit de communication sociale.
