Nelson – la reconnaissance des visages
Permettez-moi d’abord de vous parler un peu de notre travail sur la reconnaissance des visages. La première question que nous devrions nous poser est la suivante : « Pourquoi tentons-nous de comprendre le développement de la reconnaissance des visages? » Avant que les nourrissons acquièrent le langage, la communication est principalement non verbale. Cela signifie qu’au cours de la première et la deuxième année de vie, de nombreux actes de communication entre un bébé et son soignant principal, ou quelqu’un d’autre, sont de nature non verbale. Nous devons donc comprendre la façon dont les bébés lisent les visages, à la fois au niveau superficiel, soit pour déterminer à qui appartient le visage, et au niveau plus profond, soit pour comprendre les sentiments actuels de la personne. Nous mettons beaucoup d’énergie à comprendre ce développement, et à cerner les systèmes neuronaux touchés, c’est-à-dire les parties du cerveau qui se développent afin de faciliter les capacités de reconnaissance des visages et des expressions faciales liées aux émotions.
L’autre partie est de comprendre la façon dont l’expérience façonne le processus. Certaines personnes pensent qu’il s’agit d’une capacité si fondamentale qu’une région du cerveau est vouée à la reconnaissance des visages et que cette région est déjà présente à la naissance. Nous adoptons un point de vue différent, soit que nous croyons qu’il existe une région du cerveau qui a le potentiel de se spécialiser pour reconnaître les visages. Mais, cela ne se produit en réalité que si l’enfant est exposé à des visages. Et nous détenons de très bonnes preuves de cela, pas en provenance de notre laboratoire, mais plutôt en provenance du laboratoire de Daphne Marro à l’Université McMaster. Daphne Marro et ses collègues ont examiné un échantillon d’enfants nés avec des cataractes denses. Les cataractes sont des opacités sur l’œil et à un certain âge, généralement quelques mois après la naissance, ces cataractes sont retirées. En règle générale, les résultats sont merveilleux. L’acuité visuelle des enfants s’améliore considérablement, ils ont une vue excellente. Mais il s’avère qu’ils démontrent encore des déficits subtils dans la reconnaissance des visages.
Donc, ces données, qui s’ajoutent à nos propres données d’enregistrement de l’activité cérébrale, travaillent ensemble pour prouver que l’expérience contribue vraiment au développement de cette capacité. Et je vais vous donner un exemple. Dans l’article publié par deux de mes anciennes étudiantes l’année dernière, soit Michelle DeHawn, qui fréquentait l’Université McMaster en tant qu’étudiante de premier cycle, puis qui est venue ici pour ses études de deuxième cycle et qui fréquente maintenant le Collège University à Londres et Olivia Pascales qui vient de la France, mais qui travaille maintenant en Angleterre et qui a rédigé une partie de sa thèse ici, donc cet article a démontré, ou il a prédit plutôt, que les nourrissons, au cours de leur développement précoce, ont un système perceptuel réglé de façon à reconnaître les visages de façon très générale. Donc, cela signifiait qu’ils devraient avoir de bonnes capacités à reconnaître et à différencier toutes sortes de visages, mais qu’à mesure qu’ils acquéraient de l’expérience avec les visages humains, ils perdaient la capacité de différencier les autres visages.
Nous avons donc prédit que les bébés, les jeunes bébés seraient aussi doués pour différencier deux visages de singes que pour différencier des visages humains. Maintenant, toute personne qui a vu des singes comprend qu’à moins de travailler étroitement avec les singes, ceux-ci se ressemblent tous. Et pour les bébés de six mois, les chercheuses ont découvert que ces enfants étaient tout aussi doués pour différencier les visages de deux singes que les visages de deux humains. Mais déjà à l’âge de neuf mois, ils étaient déjà comme les adultes, ils ne pouvaient plus faire la discrimination entre deux visages de singe. Et donc la logique liée à cela, c’est qu’à l’âge de neuf mois, les nourrissons ont trois mois de plus d’expérience à voir des visages humains et ils perdent progressivement la capacité de distinguer les visages de singes. Il s’agit donc d’une autre façon de démontrer que l’expérience est importante.
