Nelson – le développement du cerveau et de la mémoire
Donc, dans le domaine de la mémoire, notre objectif était de déterminer lesquelles des régions du cerveau facilitent le développement de la mémoire qui se développe au cours des deux premières années de la vie. Ensuite, nous voulions observer le type de mémoire avec davantage de précision parce que nous ne croyons plus à l’existence d’un seul type de mémoire. Il existe probablement différents types de mémoire, et donc le type de mémoire qui se rapporte à ce que vous avez mangé au petit déjeuner ce matin ou au nom de votre enseignante d’anglais de 10e année est très différent du type de mémoire qui vous permet de faire du vélo ou de jouer d’un instrument de musique. Notre objectif est donc de comprendre les différents types de mémoire, leur développement sur la trajectoire de vie, et les parties du cerveau qui facilitent le développement de la mémoire au cours des deux premières années de la vie.
Et ce que nous découvrons, c’est que nous voyons une forme très précoce de la mémoire qui dépend principalement d’une seule structure dans le cerveau nommée l’hippocampe, logée au creux du cerveau. Il est difficile de vous la montrer, mais voici la surface extérieure et voici l’intérieur. Il s’agit d’une structure qui se trouve ici. Essentiellement, elle se situe à mi-chemin entre vos deux oreilles, ou presque. Et on l’appelle l’hippocampe. Nous savons que sa maturation commence un peu tôt. Nous savons que sa maturation commence au cours du premier mois ou des deux premiers mois parce que les jeunes nourrissons démontrent des preuves, ils peuvent présenter des preuves qu’ils ont une mémoire. Mais, au cours des mois qui suivent, cette région du cerveau et les régions dans d’autres parties du lobe temporal, soit la partie du cerveau située juste au-dessus de votre oreille, ici, ces régions commencent à acquérir davantage de maturité, permettant des formes de mémoire plus sophistiquées, ainsi que la capacité de se souvenir des choses pendant de plus longues périodes.
Et ensuite, le prochain événement est probablement la mémoire à long terme. La plupart d’entre nous connaissent le phénomène suivant. Si je vous demande : « Quel est votre premier souvenir ? Quel âge aviez-vous? » La plupart des gens rapportent qu’ils n’avaient généralement pas moins de deux ans; ils avaient en moyenne trois ou quatre ans lors de ces premiers souvenirs. De temps en temps, quelqu’un dira qu’il avait vingt ou vingt-deux mois, mais nous devons parfois prendre ces précisions avec quelques réserves. Donc, cela laisse la possibilité ouverte, ou plutôt cela nous mène à la question de savoir pourquoi nous ne nous souvenons pas des événements qui ont lieu dans notre vie avant l’âge de deux ans. À notre avis, il est possible que les régions du cerveau qui entreposent les souvenirs à long terme ne soient pas situées dans le lobe temporal ou dans l’hippocampe, mais elles sont ailleurs. Et ces régions se développent lentement. Et ainsi, ces sites d’entreposage pour les souvenirs à long terme se développent après que les enfants atteignent l’âge de deux ans.
Et ensuite, le dernier événement est une chose que nous savons tous, certains d’entre nous plus que d’autres, soit qu’en vieillissant, notre mémoire commence à faire défaut et nous avons besoin des petites astuces pour nous permettre de nous souvenir des choses. Ce sont des moyens mnémotechniques. Donc, vous répétez quelque chose plusieurs fois, et vous vous souvenez de l’écrire. Des moyens comme ça. Les lobes frontaux jouent un rôle important dans notre utilisation de stratégies, de petites astuces qui nous aident à nous souvenir. Les lobes frontaux gagnent en maturité lentement et plus tard dans l’enfance. Ils ne commencent pas vraiment à gagner en maturité de manière importante avant l’âge de quatre, cinq ou six ans. Et ce n’est qu’à l’adolescence qu’ils affichent beaucoup plus de maturité. Et donc le dernier changement en matière de mémoire se produit avec la facilitation de la mémoire en fonction du développement du lobe frontal. Et cela explique la raison pour laquelle les enfants, à l’âge de quatre ans, feraient ceci. Si je vous dis : « Je vais énumérer quelques chiffres. Combien de chiffres pourrez-vous garder en mémoire? » Vous diriez peut-être six ou sept. Si je dis à un jeune de quatre ans : « Je vais dire quelques chiffres à haute voix, combien de chiffres peux-tu garder en mémoire? » Ils diraient peut-être 25. Donc, je leur donnerais des chiffres et ils se souviendraient en moyenne de quatre différents chiffres. Alors je leur dirais : « D’accord, faisons-le à nouveau. Combien de chiffres penses-tu pouvoir garder en mémoire cette fois-ci? » Et ils diraient 30. Ils n’ont aucune perspective que nous puissions oublier les choses, en partie parce qu’ils n’ont pas développé les stratégies nécessaires pour se souvenir, en raison du manque de maturité des régions du lobe frontal.
Ce sont en quelque sorte nos études portant sur la mémoire. Pour les bébés, nous centrons notre travail à l’enregistrement des corrélations neurologiques, ou des activités électriques que nous associons à la mémoire. Lorsque les enfants atteignent l’âge de cinq ou six ans, nous pouvons vraiment observer l’anatomie de leur cerveau en faisant de l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle. La dernière chose que j’aimerais ajouter au sujet de la mémoire, c’est qu’un grand objectif de notre travail, en particulier dans la pratique, c’est que nous nous intéressons non seulement à la façon dont la mémoire se développe chez les enfants qui affichent un développement typique, mais aussi à la façon dont elle se développe chez les enfants à risque d’avoir des problèmes en matière de mémoire ou d’autres fonctions cognitives.
Nous passons donc beaucoup de temps à observer les nourrissons et les jeunes enfants, en particulier les nourrissons ayant subi diverses lésions cérébrales prénatales ou périnatales. Ces lésions les prédisposent à avoir des problèmes de développement cognitif, en particulier en matière de développement de la mémoire. Et l’objectif n’est pas seulement de suivre leur développement, mais aussi de créer des outils qui nous donneront la possibilité d’identifier ces bébés beaucoup plus tôt que nous n’avons jamais pu le faire auparavant. En règle générale, nous ne diagnostiquons pas un trouble d’apprentissage avant qu’un enfant n’atteigne l’âge scolaire. Et si nous pouvons, dans un sens, signaler les enfants à risque de troubles d’apprentissage lorsqu’ils sont âgés d’un mois, ou de six mois, nous pouvons ainsi intervenir beaucoup plus tôt. Et la dernière partie à retenir, c’est que les outils que nous utilisons pour étudier ces choses et les potentiels liés à l’événement, nous pouvons utiliser ces outils pour évaluer toute intervention que nous menons. Donc, par exemple, si nous savons à quoi ressemble une réponse cérébrale normale dans une tâche de mémoire et à quoi ressemble une réponse cérébrale anormale, lors d’une intervention, pouvons-nous observer que l’enfant qui présentait une réponse anormale présente ensuite une réponse normale? Nous aurions ainsi une mesure des résultats dans notre intervention. Il s’agit donc de la mise en pratique des études portant sur la mémoire.
