Mirabelli – l’historique de la structure familiale

Je peux comprendre que nous désirons que les éducatrices de la petite enfance examinent une situation et disent : « Voici des faits importants et vous devez les connaître ». Je crois que l’un des meilleurs conseils que je puisse donner à quelqu’un qui débute dans la profession est de porter son regard au-delà des apparences. Dans bien des cas […], et je peux vous raconter une histoire. Un de nos merveilleux amis, James Garbarino de l’Université Cornell, était à l’épicerie avec ses enfants. Il était à la caisse et il observait d’autres parents qui payaient leur commande d’épicerie. Et à un comptoir de caisse, un enfant a commencé à demander à sa mère s’il pouvait avoir de la gomme et sa mère lui a répondu « Non » fermement et la conversation a pris fin. À un autre comptoir de caisse, la même situation se déroulait et l’enfant a commencé à pleurer. Dans ce cas, la mère a répondu en disant : « Arrête de pleurer, sinon je te donnerai une raison de pleurer », et l’enfant s’est mis à piquer une crise de colère.

Et Garbarino, en tant que chercheur, a regardé cette situation et il a dit : « Nous savons qu’elle est une bonne mère, mais elle a vraiment besoin de notre aide. Nous devons offrir des cours d’éducation parentale ». Et encore une fois, étant un bon chercheur, il a décidé d’en faire une étude et il a suivi ces femmes à la maison. Je n’ai aucune idée de la façon dont il a réussi cela, mais il a réussi à mener son étude. La seule variable entre la mère A et la mère B n’était aucunement liée aux compétences parentales. La mère B n’avait pas eu de contact avec un autre adulte au cours des 24 heures précédentes. Et donc, si la réaction automatique établie sur les données disponibles est : « Cette personne est une bonne mère, elle a besoin de notre aide, nous devrions créer un programme », nous aurions résolu le problème, c’est-à-dire que nous aurions créé une situation sociale où cette mère rencontrerait d’autres parents, mais cela n’aurait rien eu à voir avec le contenu du cours d’éducation parentale.

Elle aurait peut-être acquis quelques nouvelles connaissances. Mais ce qui est à retenir, c’est que nous observons souvent les familles d’aujourd’hui et nous les comparons à nos propres familles – les familles dans lesquelles nous avons grandi – et nous disons qu’elles sont différentes. Nous rendons un jugement en croyant qu’elles ne sont pas adéquates. Et c’est un jugement injuste parce que si vous regardez l’historique des familles, non pas sur 25 ans, mais sur 3 000 ans, vous découvrez que le concept de famille est comme une bande élastique. Il s’étire et se contracte, non pas comme une question de mode, mais en réponse à l’économie et à la culture qui les entoure. Ainsi, si nous avons besoin de familles nombreuses, devinez quoi, nous aurons des familles nombreuses, si la survie en dépend. Si nous avons besoin de petites familles parce que la survie en dépend, nous aurons des familles moins nombreuses. Une famille peut donc vivre de nombreuses situations, et celles-ci font partie de ce continuum de la bande élastique qui s’étire. Donc, si nous rendons un jugement uniquement selon les 25 dernières années, cela est injuste envers les familles canadiennes. Ce qui nous échappe dans tout cela, c’est la réalisation que les familles sont vraiment dynamiques et réactives, et elles sont vraiment inventives et créatives en matière de formation d’associations et de liens d’intimité qui leur seront d’un grand appui.