Mirabelli – la responsabilité publique et la responsabilité privée

Je pense que nous croyions tous, dans les années 1960 et 1970, que les gouvernements pouvaient accomplir plus que n’importe quelle collectivité individuelle grâce aux programmes du gros appareil gouvernemental. Nous avons compris maintenant, après avoir mis à l’essai de nombreux différents programmes qui ont été créés, puis abandonnés, que nous n’avons pas avancé, que nous parlons encore des enfants à risque, que nous parlons encore de leurs vulnérabilités, qu’elles soient éducatives ou sociales.

Les programmes ne sont pas suffisants à eux seuls. Les programmes sont idéaux pour le 10 % des familles canadiennes qui atteignent leurs limites, qui ont absolument besoin de notre aide. Et l’aide dont ils ont besoin dépasse la portée de M. et Mme Smith sur la rue Elm. Mais faute de nous engager au niveau communautaire de façon routinière et quotidienne, nous ne dépasserons jamais cette dépendance aux programmes. Et je crois que ce type d’engagement est essentiel. Nous citons le dicton « Il faut tout un village pour élever un enfant » un peu trop souvent, mais celui-ci est d’une grande importance.

Permettez-moi de vous donner un exemple de la façon dont ce concept fait surface dans la vie quotidienne. Si je vous rencontrais dans la rue aujourd’hui, je dirais probablement : « Salut, comment allez-vous? » Et votre réponse serait : « Très bien, merci ». Et nous n’aurions pas trop réfléchi à la question ou à la réponse. Dans la culture massaï, lorsque deux personnes se croisent pour la première fois et qu’ils se saluent, ils diront : « Les enfants vont bien? » Imaginez maintenant que nous disions cela tous les jours en nous saluant. Cela n’accorderait-il pas de l’importance à mon rôle de parent si nous mettions l’accent sur ses répercussions?

Et pour vous donner en quelque sorte une illustration de notre désengagement et de qui sont les victimes de ce désengagement, voici une illustration. La plupart des parents d’aujourd’hui, et je l’ai certainement fait à mon époque, mettent leurs enfants en garde par rapport aux dangers de la rue. « Si un étranger vous approche, criez et courez. » Voilà un peu la tendance naturelle. Mais en tant qu’adultes, avant d’instituer cette mise en garde, avons-nous songé à la question : « Pourquoi les enfants sont-ils vulnérables? » Et si nous l’avions fait, nous aurions peut-être découvert qu’ils sont vulnérables parce que, dans notre rôle d’adulte, nous ne sommes plus présents dans la rue. Nous déclarons que nous ne connaissons pas nos voisins, en fait, nous ne reconnaissons pas nos voisins. Donc, nous ne savons plus qui devrait se promener sur la rue et qui ne devrait pas y être. Nous évitons de circuler dans la rue, donc lorsqu’un étranger arrive, personne dans les alentours ne peut savoir s’il s’agit d’un étranger. Donc, nous disons à l’enfant : « Tu as maintenant la responsabilité de déterminer qui est un étranger, de crier et de partir en courant. » Sur le coup, il s’agit d’un comportement qui semble logique, mais à long terme, quel genre de communauté et de société créons-nous en disant à l’enfant d’adopter le principe qu’il faut vivre dans un climat de peur? Ce n’est pas un climat d’amour. Ce n’est pas un climat de surprise. C’est une vie dans un climat de peur. Et au fil du temps, à mesure que l’enfant grandit, est-ce que cela signifie que nous devons installer de plus grandes serrures ou de meilleures serrures sur nos portes et ainsi de suite, et que nous devons nous retirer encore davantage? Dans ce cas, cela signifie d’abord que les vulnérabilités vont croître, et que les coûts associés aux services de police deviendront exorbitants. Et là-dedans, où se trouve la qualité de vie? Les petites décisions prises par M. et Mme Smith sur la rue Elm façonnent vraiment la communauté dans laquelle nous vivons.