Marmot – les gradients de santé
Nous voyons le gradient de santé pratiquement partout. Je parlais à un groupe de chercheurs travaillant en Afrique subsaharienne et l’un d’entre eux m’a dit que le gradient est une préoccupation futile des gens des pays riches, et qu’à l’endroit où il travaille vivent les plus pauvres des pauvres, c’est donc là le vrai problème. Je lui ai posé la question suivante : « Si vous trouviez un groupe d’enfants de moins de 5 ans ayant un taux de mortalité de 150 pour 1 000 naissances vivantes, trouveriez-vous cela digne d’attention, étant donné que dans les régions mieux nanties d’Europe ce taux est de 3 mortalités pour 1 000 naissances vivantes? » Il a répondu que oui. Je lui ai dit que cela représentait le quintile du milieu en Ouganda Et le quintile du milieu en Ouganda est pire que le quintile inférieur en Inde. Si on se concentre seulement sur le niveau inférieur, on manque la plus grande partie du problème. Le fait est que toute la population de l’Ouganda est à haut risque. Nous voyons le gradient dans les taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans en Ouganda, en Inde, au Kirghizistan, au Pérou, et partout où nous regardons. J’utilise le taux de mortalité des moins de 5 ans parce que ces données sont facilement accessibles, elles sont tirées d’enquêtes sur la démographie et la santé. Nous avons moins de données sur la mortalité des adultes, mais les données à ce sujet que nous avons sur les pays à revenu faible et moyen montrent aussi le gradient. Ce qui a commencé par une observation au sein des fonctionnaires britanniques est en réalité un phénomène très général. Il a beaucoup influencé mon approche à l’égard de cet enjeu politique, laquelle consiste à prendre des mesures à l’échelle de la société.
