Kolb – le cortex préfrontal
Pourquoi les animaux ont-ils un cortex préfrontal et pourquoi est-il plus gros chez les humains que chez les autres espèces? Il faut savoir que la nature n’a pas sélectionné le cortex préfrontal, mais plutôt le comportement, soit le comportement que le cortex préfrontal adopte. Nous pouvons nous demander la raison pour laquelle la fonction du cortex préfrontal a été sélectionnée, ce qui l’a rendu plus gros. Le cortex a la capacité de prendre toutes sortes d’expériences sensorielles et de les rassembler pour en ressortir une seule théorie unificatrice expliquant le fonctionnement. En me promenant dans le monde, je vis des expériences visuelles, auditives et tactiles. J’ai des expériences internes, des souvenirs, des choses du passé, des pensées sur l’avenir et ainsi de suite. Comment cela s’agence-t-il tout ensemble? Comment est-ce que je crée une histoire sur le monde? Plus l’information entrante est compliquée, plus le cortex préfrontal sera compliqué. Nous savons que le nombre de zones sensorielles augmente selon l’évolution. Si nous comparons les rongeurs et les primates, le nombre de zones visuelles passe de trois ou quatre à vingt ou vingt-cinq. C’est une hausse énorme. Il semble que peu importe ce que nous faisons avec l’information visuelle, nous complexifions le monde visuel. Le monde que nous créons est de plus en plus compliqué; le lobe frontal s’accroît au même rythme, tout comme le cortex préfrontal. À mesure que le lobe frontal a pris de l’ampleur, le schéma qui décrivait notre monde s’est complexifié. Une des complications substantielles est ce que j’appelle l’autobiographie. Si on me demande de raconter une chose qui m’est arrivée en troisième année, je peux dire que je suis allé à l’école Glengarry, à Calgary, et que nous faisions des exercices d’évacuation en cas d’incendie et de raid aérien. Ce sont des choses que j’ai faites et je me souviens de cette expérience qui s’est produite. Je peux aussi aller dans l’avenir. Il y a l’information autobiographique de ce qui s’est produit dans le passé, mais je peux aussi dire ce que j’ai l’intention de faire. J’ai 65 ans, que vais-je faire lorsque j’aurai 70 ans? Quel est mon plan? Je peux vous donner ce plan. Je suppose qu’un chimpanzé ayant un lobe frontal de bonne grosseur n’a pas la capacité de se remémorer des souvenirs particuliers, bien que nous ne puissions pas en être certains. C’est difficile à déterminer, mais je suis convaincu qu’il ne réfléchit pas beaucoup au lendemain. Tandis que nous, nous avons cet élément de temps unificateur, le passé, le présent et le futur, dans notre lobe frontal. C’est une propriété émergente unique que nous avons. Si vous commencez à perturber le lobe frontal, vous pouvez perdre cette capacité. Vous pourriez ne plus être capable de planifier pour aujourd’hui ou pour demain. Vous pourriez perdre le lien avec le passé et ne plus être capable de retrouver des expériences uniques que vous avez vécues. Vous pourriez vous souvenir d’expériences, disons, sur la troisième année, dans mon exemple, mais vous auriez de la difficulté à en trouver qui vous concernent. La perte de cette capacité changera bien des choses sur la façon dont vous vous identifiez aux événements présents et futurs. C’est ce à quoi servent les changements dans le lobe frontal.
