Kershaw – les milieux enrichissants
Nous savons que les premières années s’avèrent déterminantes pour une variété de résultats tout au long du parcours de vie. Nous savons qu’un milieu enrichissant pour la petite enfance, y compris le milieu communautaire, favorise le développement précoce. Par exemple, nous savons qu’un enfant qui grandit dans un milieu enrichissant, dans la deuxième décennie de vie, ce milieu favorisera la réussite scolaire, sans aucun doute, et jouera un rôle dans son interaction avec le système de justice pénale. Dans la troisième et quatrième décennie, ce milieu joue un rôle en matière de problèmes de santé, soit l’obésité, le diabète et d’autres problèmes comme la maladie mentale et la dépression. Et à mesure que nous avançons vers la fin du parcours de vie, nous voyons que les premières années sont encore de bons prédicteurs de la santé et du bien-être futurs.
Une communauté propice à l’épanouissement ne s’imagine pas qu’elle éliminera la pauvreté ou la vulnérabilité des enfants en affichant uniquement des images d’enfants et en se centrant uniquement sur les enfants. Une communauté enrichissante reconnaît que les enfants grandissent entourés d’adultes. Il est donc tout aussi important de soutenir les adultes que de soutenir les enfants. En fait, nous appuyons souvent les enfants en offrant un appui aux adultes. Ainsi, une communauté enrichissante est une communauté qui donne du temps aux parents de s’acquitter de leurs responsabilités dans leur rôle parental, ainsi que de leurs aspirations à s’occuper de leurs besoins personnels. L’un des enjeux que nous devons aborder, c’est que parfois les gens consacrent plus de temps à leur rôle dans le marché du travail, et nous craignons que cela se produise au risque de manquer de temps pour leur rôle parental. Mais si nous leur demandons de dévouer plus de temps au rôle de parent, nous avons alors des familles qui sont pauvres. La pauvreté de revenu est assurément un indicateur important. Nous devons donc reconnaître l’importance d’établir un plan de soutien au revenu et compter sur le marché du travail pour offrir des salaires suffisants aux gens afin qu’ils puissent s’occuper des besoins de leur famille en matière de revenu.
D’un point de vue rhétorique, nous adoptons l’idée qu’il faut tout un village pour élever un enfant, un beau proverbe d’origine africaine. Mais en réalité, nous ne le mettons pas en pratique. Nous avons sans aucun doute un système en place au Canada qui, même si vous avez les moyens de vous payer ces services, il est difficile d’y avoir accès pour les enfants de moins de six ans, même si vous croyez qu’ils sont importants. Les garderies en sont un exemple. De plus, si l’on considère que votre enfant a besoin d’un soutien supplémentaire, il n’est pas évident de trouver des services de soutien pour traiter ce problème, ou traiter des problèmes au niveau préscolaire. Nous pourrions aussi offrir une interaction mensuelle avec des professionnels qui nous aideraient à reconnaître les étapes de développement importantes d’un mois à l’autre. Ce serait une bonne idée. Ce serait un milieu enrichissant. Mais nous ne le faisons pas encore parce que nous adoptons l’idée qu’il y a un effet magique qui se produit à l’âge de six ans. Je n’ai aucune idée de la magie qui se rattache à l’âge de six ans, mais je sais qu’en tant que collectivité, nous donnons plus de place à l’enrichissement en créant des écoles et en invitant tout le monde à les fréquenter. Nous évitons de les appeler des établissements qui privent nos familles de temps auprès de leurs enfants. Nous disons : « D’accord, il s’agit d’un endroit important où la société est mise à contribution ». Nous mettons aussi en place des soins de santé, bien que ces soins gagnent en importance au fur et à mesure que les gens vieillissent. Voilà les choses qui font qu’une société est enrichissante.
