Katz – l’approche de projet
J’ai reçu un appel d’un surintendant d’un district scolaire en banlieue de Chicago pour me demander de montrer à son personnel enseignant comment faire des travaux de projet, ce que je faisais déjà depuis quelque temps. Il m’a proposé d’y aller en août, avant que l’école commence, et m’a confié trois jours avec trois membres du personnel enseignant de maternelle. C’était une banlieue très riche. Comme c’était seulement à 240 kilomètres de chez moi, j’ai accepté. À mon arrivée, j’ai rencontré le personnel enseignant et il s’est avéré que l’école, qui était assez vieille, était située sur le même terrain qu’un sanctuaire de fleurs sauvages établi à la création de la communauté, il y a environ 90 ans. Mais les enfants n’y étaient jamais allés. Jamais. Il n’y avait pas de route à traverser, c’était juste au bout du stationnement; mais ils n’y avaient jamais porté attention parce qu’ils ignoraient son existence. Je suis donc allée dans le sanctuaire avec les trois membres du personnel enseignant et je leur ai fortement recommandé d’en faire un sujet que les élèves étudieraient en détail. Une classe s’occuperait des arbres et des buissons, une autre examinerait les plantes et les herbes sauvages, et une autre pourrait traiter des insectes. Ils ont accepté avec réticence, mais comme le surintendant avait recouru à mes services, ils n’avaient pas vraiment le choix. J’ai convenu de revenir voir leurs progrès à la fin octobre. À mon retour, une des enseignantes qui en était à sa 31e année d’enseignement de la maternelle a demandé aux enfants, il y en avait 19 ce jour-là, de se mettre en rang pour sortir et aller mesurer la circonférence des troncs d’arbres. Les enfants se disputaient à propos de celui ayant la plus jolie tablette à pince. Ils sont sortis et un d’eux a échappé son crayon dans le sumac vénéneux, ce qui était mauvais; l’enseignante a donc ramené tout le monde dans la classe et a fait soigner l’enfant. C’est ainsi que l’activité s’est close. Elle leur a ensuite dit de s’asseoir parce qu’elle voulait leur lire un livre avant l’heure du dîner. Les enfants se sont assis et elle tenait un beau livre, vraiment magnifique, de photographies de feuilles. Nous étions en octobre et dans notre partie du monde les feuilles des différents arbres, érables, chênes et autres, sont superbes à ce temps-ci de l’année. L’enseignante tournait les pages et faisait des commentaires sur la beauté des feuilles, pointait les couleurs, comme le violet, et ainsi de suite. Les enfants, eux, tiraient les chandails des autres et se chamaillaient. L’enseignante n’interagissait pas avec eux, elle ne faisait que tourner les pages. J’étais fascinée par cela et lorsqu’elle a terminé je lui ai demandé si je pouvais poser une question à la classe. Elle a accepté et j’ai demandé aux enfants s’ils savaient pourquoi les feuilles tombaient des arbres. J’étais sérieuse et une petite fille assise près de moi s’est levée, s’est retournée vers moi ainsi et a répondu que c’était parce que c’était le nom de la saison (« fall »). Le mot « fall », l’action de tomber, désigne bien ce qui se produit pendant cette saison, mais j’ai expliqué qu’à l’endroit où j’ai grandi, en Angleterre, nous appelions cela « autumn ». Je leur ai demandé de regarder par la fenêtre. C’était une journée venteuse et les feuilles tombaient. J’ai dit que ça n’expliquait pas pourquoi les feuilles tombaient. La petite fille s’est mise à réfléchir. Un petit garçon a levé la main et a dit que c’était à cause du vent. J’ai répondu que c’était effectivement venteux cette journée-là, mais qu’il y a aussi du vent au printemps et en été et que les feuilles ne tombent pas à ces moments. Il a acquiescé, l’air songeur. Un autre garçon a levé la main et a commencé à répondre, mais a fini par demander si c’était à cause du froid. Et qu’a fait l’enseignante à ce moment? Elle leur a dit que c’était le temps de terminer les citrouilles. Elle avait apporté des sacs en papier brun remplis de journaux et avait attaché le haut des sacs. Les enfants allaient y peindre un visage de citrouille, en vue de l’Halloween. Elle n’a jamais compris.
