Hertzman – le gradient social dans le cadre du développement des jeunes enfants

On pose alors la question pour savoir. Qu’arrive-t-il si nous n’offrons pas un accès à l’éducation égal aux enfants à chacun des différents niveaux, partant du droit individuel jusqu’au contexte mondial? La réponse est très simple. La réponse est que nous obtenons des résultats inéquitables en matière de développement de l’enfant, ce que nous appelons le gradient social dans le contexte du développement des jeunes enfants. Et le présent graphique présente les différents domaines principaux du développement précoce qui comptent dès le début et qui demeurent importants pour toute la vie. Nous avons la santé physique et le bien-être, des domaines qui importent dès la petite enfance et pour le reste de la vie. Nous avons les compétences en communication, de comprendre ce qui est communiqué et de se faire comprendre par les autres. Nous avons le développement du langage et le développement cognitif, soit les capacités en matière de réflexion et de raisonnement, etc. Nous avons la maturité émotionnelle, soit la capacité de négociation dans des situations délicates, l’empathie, la serviabilité, etc. Nous avons les compétences sociales, soit la capacité à se concentrer sur une tâche, à travailler efficacement en groupe plutôt que de perturber d’une manière ou d’une autre. Les premières années exercent une influence sur toutes ces choses.

Et donc ce qui se passe, dans la plupart des sociétés autour du monde, c’est que les occasions de développement dans ces domaines diffèrent considérablement d’un enfant à l’autre en fonction de leur placement dans cet ensemble multicouche de déterminants sociaux. Et donc, ce qui se passe au moment où les enfants atteignent l’âge scolaire, c’est que nous constatons des inégalités dans leur développement. Et à l’extrémité privilégiée de la société, les enfants dont les parents sont les plus instruits, les plus riches et les plus privilégiés de la société, ils ont tendance, pas toujours, mais en moyenne, à obtenir de meilleures occasions de s’épanouir. Et à l’autre extrémité du spectre, parmi les familles les plus pauvres, les moins instruites et les moins privilégiées, les enfants ont tendance à avoir le moins d’occasions de développement. Et ce que nous voyons, lorsque nous passons du haut de l’échelle socioéconomique au bas de l’échelle socioéconomique, c’est que la proportion des enfants qui accusent un retard dans leur développement par rapport où ils devraient être augmente d’une manière graduée, progressive. Ainsi, parmi les plus privilégiés, la proportion d’enfants vulnérables est légèrement inférieure à la proportion d’enfants vulnérables parmi la classe moyenne supérieure, qui est inférieure à celle des familles de la classe moyenne, qui est inférieure à celle des pauvres et qui est inférieure à celle des familles vivant dans l’extrême pauvreté. Cette observation s’applique partout au monde.

Et nous allons donc illustrer cela avec trois exemples. Voici l’exemple du Canada – l’un des pays les plus riches au monde. Si vous étudiez le quart le plus aisé de la population, environ 14 % des enfants accusent un retard dans leur développement par rapport où ils devraient être au moment où ils atteignent l’âge scolaire dans leur santé physique, dans leurs compétences socioémotionnelles, ou leurs compétences en langue et en communication. Pour le prochain groupe de la classe moyenne, environ 23 % accusent un retard dans leur développement par rapport où ils devraient être, puis pour les pauvres et les très pauvres, cela augmente à plus de 30 %, de sorte que vous pouvez voir qu’au fur et à mesure que nous descendons dans l’échelle socioéconomique, la proportion d’enfants vulnérables augmente de façon progressive. De même, si nous regardons un pays à revenu intermédiaire comme la Jamaïque, il passe d’une proportion faible de 19 % parmi les plus privilégiés, et augmente progressivement jusqu’à atteindre plus de 45 % au bas de l’échelle socioéconomique. Et le même scénario de produit dans une région pauvre et déchirée par la guerre comme le Kosovo, la proportion faible de 30 % parmi les personnes les plus privilégiées augmente progressivement dans les 40 % et plus, et jusqu’à plus de 55 % des enfants accusent un retard dans leur développement par rapport où ils devraient être en matière de développement au moment où ils atteignent l’âge scolaire.

Et ce que cela démontre, un objectif sans équivoque de ce que nous désirons faire, c’est qu’il faudrait essayer de réduire ces gradients pour s’orienter vers une direction positive. En fait, lorsque ces gradients, ou cette augmentation progressive de la proportion de vulnérabilité en partant des personnes les plus favorisées aux plus défavorisées de la société, une fois que ce gradient s’établit, il a tendance à progresser au fil du temps et à porter un coup au nombre de possibilités dans la vie des enfants et à fragiliser la capacité de la société de produire des adultes en bonne santé et compétents qui soutiennent l’avenir de cette société.