Hertzman – la santé de la population

La santé de la population est l’étude des raisons pour lesquelles certains groupes de personnes dans la société, dans certaines régions, etc., sont en meilleure santé que d’autres. Et donc, dans une société comme le Canada, on pourrait se demander, pourquoi les non-Autochtones maintiennent-ils une meilleure santé que les Autochtones? Ou pourquoi les gens, au fur et à mesure que nous montons dans l’échelle socioéconomique, affichent-ils une meilleure santé que ceux au bas de l’échelle socioéconomique?

Il se trouve que, lorsque nous nous penchons sur la question de la santé de la population, un bon nombre des facteurs déterminants d’une bonne santé et d’un sens élevé du bien-être et de la compétence se rapportent aux premières années de vie. Voilà l’une des conclusions de notre étude sur la santé de la population. En fait, le développement linguistique et cognitif précoce, le développement social et émotionnel précoce et le développement physique précoce contribuent tous à la santé durable. Ainsi, les personnes qui s’intéressent au développement des jeunes enfants doivent comprendre que le travail qu’elles mènent auprès des enfants peut avoir des répercussions durables sur la santé.

Je crois qu’il existe de bonnes raisons de croire que les expériences précoces produisent un effet durable. Maintenant, il faut être très prudent en stipulant cela parce que certaines personnes croient que cela signifie que plus rien ne change après un certain âge. Et il est difficile d’amener les gens à comprendre le contexte général de la population. En réalité, ce que cherchons à dire, c’est que si nous prenons 1000 enfants qui ont un faible taux de réussite dans l’un ou plusieurs domaines de développement au moment de leur rentrée scolaire, et que nous prenons un autre 1000 enfants qui ont un taux élevé de réussite; et ensuite, nous observons où ils se situent 10 ans ou 20 ans plus tard, nous verrons, en moyenne, que les 1000 enfants avec un taux élevé de réussite auront de meilleurs résultats que les 1000 enfants qui avaient un faible taux de réussite. Cependant, nous pourrions observer d’énormes variations à l’intérieur de chaque groupe. Il y aura des enfants qui réussissent très bien à l’école et qui ont de terribles résultats 10 et 20 ans plus tard. Et surtout, il y a des enfants qui ne réussissaient pas très bien à l’école et qui afficheront d’excellents résultats 10 ou 20 ans plus tard. N’est-ce pas? Mais si nous regardons la moyenne des résultats, voilà où nous observons les différences. Il est donc difficile d’amener les gens à comprendre nos conclusions et à comprendre qu’il faut songer à ces données dans le contexte de la population.