Hardware– l’intersectionnalité

Lorsque nous pensons à la théorie critique de la race, du moins à l’époque de son origine dans les années 1960 et 1970, issue du mouvement des droits civils et d’universitaires et d’activistes en droit et, dans une certaine mesure, en sociologie, comme Derrick Bell, Kimberlé Crenshaw, Mari Matsuda et autres, nous voyons qu’elle avait pour but de critiquer les structures et les institutions juridiques et la façon dont celles-ci ont mené à la racialisation et aux barrières raciales. À sa base, elle traite du racisme et du fait que la notion de race est une construction sociale. Toutefois, malgré sa construction sociale, cette notion a de réelles incidences sur les gens, particulièrement les Noirs, les Autochtones, les personnes racialisées, ainsi que sur leur accès aux services. La théorie se voulait donc une critique des barrières, du racisme institutionnel et systémique, et de l’oppression, et avait pour but de créer une plus grande libération – faute d’un meilleur terme – pour les gens touchés par ces structures.

L’intersectionnalité est l’un des termes clés issus de la théorie critique de la race. Le terme a été popularisé par Kimberlé Crenshaw, même si d’autres universitaires, comme Patricia Hill Collins, avaient déjà relevé l’intersectionnalité au sein de l’expérience des femmes noires avec le racisme aux É.-U. Mais la théorie a été popularisée, forgée et théorisée explicitement dans les travaux de Crenshaw. Elle examine la façon dont nos identités superposées, particulièrement sur le plan de la race, du genre, des handicaps, de la classe, etc., influencent nos propres expériences vécues. C’est une réflexion sur nos expériences avec les préjugés ou les structures, selon notre race, notre classe, nos habiletés ou nos handicaps.

Pour l’illustrer, nous pouvons comparer ma situation en tant que Canadienne, Jamaïcaine de première génération ayant un accent, mais éduquée et professeure, avec l’expérience d’une autre personne jamaïcaine canadienne de première génération ayant un accent ou dont la situation juridique est possiblement précaire, et les interactions de cette personne avec les systèmes, surtout si elle vient de la classe ouvrière, et n’a pas accès à des services, comparativement à moi qui, en vertu de mes droits de citoyenneté, peux accéder à certains services différemment. Puis, il y a la question des déplacements et ce que cela signifie de devoir porter une tenue d’affaires décontractée pour éviter d’être prise à part et d’être fouillée par la sécurité, comparativement aux personnes perçues comme blanches et la façon dont le contrôle d’immigration est plus simple pour elles du fait de leur appartenance à la race blanche.