Gunnar – les facteurs de stress et le stress
Lorsque je commence à parler du stress et de ses répercussions, l’idée semble assez effrayante. Bien vite, les parents et les éducatrices se disent qu’il serait préférable de tout simplement éliminer le stress de la vie d’un enfant, mais cela est un bien mauvais plan. Dans les recherches portant sur le stress, nous faisons la distinction entre les choses qui peuvent activer le stress sur le plan de la biologie, que nous nommons les facteurs de stress, et le stress, parce que chacun réagit au stress à sa propre manière.
Le stress est l’activation réelle de la biologie. En matière de ce qui peut avoir un impact sur le corps, nous devons plutôt nous préoccuper de l’activation de la biologie et la façon dont le corps réagit à cette activation. Donc, du côté des facteurs de stress, tout le monde réagit de façon un peu différente dans le cas de choses plutôt mineures. Donc, cela peut être différent pour vous, vous aimez peut-être faire du ski, mais pour moi, de me retrouver au sommet d’une montagne sur des skis, de voir le petit pavillon en bas, c’est un facteur de stress énorme parce que je ne sais pas comment skier et je vais me tuer en essayant de dévaler la colline.
Donc, la façon dont nous réagissons aux événements est étroitement liée à notre interprétation de ces événements. Cela dépend si nous nous sentons en sécurité si nous nous sentons menacés, ou si nous pensons pouvoir contrôler les événements ou non, ou si nous avons la possibilité de prédire lorsque l’événement aura lieu ou non. Pour les jeunes enfants, leur réaction dépend surtout du fait qu’ils ont une personne soignante à leurs côtés qui assurera leur sécurité.
Voilà la partie des facteurs de stress, et nous pouvons en parler beaucoup plus profondément. Du côté du stress, nous avons la capacité de pouvoir activer les systèmes de régulation. Nous avons besoin de ces systèmes. Si vous ne pouvez pas activer vos systèmes, vous n’avez pas de bonnes chances de vous en sortir. Et nous savons cela parce que, chez les bébés prématurés, par exemple, s’ils sont nés de façon trop prématurée, ils n’ont pas la capacité de déclencher une réponse efficace au stress. Ces bébés ont une pression artérielle très faible. Ils risquent d’en mourir. En fait, on leur administre des hormones de stress pour essayer d’élever leur tension artérielle et pour tenter de leur donner la capacité de réguler le stress.
Nous devons donc être en mesure d’activer ces systèmes de régulation. Mais ces systèmes, bien qu’ils fassent des choses merveilleuses qui mobilisent notre énergie, concentrent notre attention, nous aident à identifier ce qui est dangereux et menaçant, et ainsi de suite, ils jouent également un rôle très catabolique. Ils épuisent les réserves d’énergie, activent les cellules nerveuses, créent et sécrètent des hormones, etc. Ils abusent d’une bonne chose et le tout devient une mauvaise chose. Donc, si vous activez les systèmes de manière chronique, que vous les poussez trop loin, alors vous vous entraînez en quelque sorte une usure incroyable sur le corps. Nous appelons cela la « charge allostatique ».
Nous préservons notre organisme en activant ces systèmes, soit l’allostasie, mais la charge allostatique comporte un coût. Toute cette charge allostatique qui s’accumule dans l’organisme au fil du temps crée un grand risque pour la santé mentale et physique, notamment le diabète, les maladies cardiovasculaires, les effets sur le système immunitaire, et le risque accru de troubles émotionnels et de problèmes d’apprentissage.
Chez les jeunes enfants, ces hormones de stress les exposent à un risque accru si elles s’activent sans contrôle. Leur cerveau se développe dans le contexte de ces hormones qui ont le potentiel de créer des problèmes, et qui façonnent un cerveau très anxieux, craintif. Donc, le stress chronique, l’activation chronique de ces systèmes, ces choses ne sont pas très bonnes pour nous, à tout moment de la vie. Mais tôt dans la vie, le cerveau se développe encore, et dans le contexte de l’activation chronique des systèmes, et il s’agit en quelque sorte d’un double problème.
