Guhn – l’universalité proportionnée
L’universalité proportionnée est un concept très intéressant qui traite de solutions sociétales, de solutions politiques, visant à corriger l’inégalité dans notre société. Dans un gradient socioéconomique, les meilleurs ou les pires résultats de santé des bien nantis et des moins bien nantis sont liés à l’accès aux différentes ressources. Règle générale, deux types d’outils politiques peuvent être utilisés. On fournit un accès et des ressources à tous, par exemple, un allégement fiscal, comme une prestation pour la garde d’enfants ou d’autres mesures incitatives. On fournit de l’éducation publique ou on destine une intervention à un groupe très particulier qui est expressément dans le besoin. L’universalité proportionnée est étroitement liée au concept selon lequel, en principe, tout le monde a accès aux ressources que l’on considère comme nécessaires, comme l’éducation, l’accès à l’eau potable, l’air frais, les espaces de jeu et autres. Mais nous savons qu’il est plus ardu de faciliter l’accès pour certaines régions ou populations en raison des antécédents et du contexte que pour d’autres. L’universalité proportionnée signifie qu’on aide tout le monde, mais qu’on accorde un peu plus d’attention aux populations qui ont été désavantagées dans notre société afin de rendre l’accès plus équitable. Le recours à l’universalité proportionnée comme principe ou outil politique pour améliorer l’équité dans notre société peut être invoqué pour différents motifs. Si on donne plus à tout le monde, ça peut être bien, mais les écarts entre les mieux nantis et les moins bien nantis peuvent demeurer les mêmes, car ils ont tous reçu le même avantage. De plus, nous avons déjà vu que si nous fournissons des ressources additionnelles, les aiguillant, disons, vers un milieu de garde, le jeu ou les services de soutien à la famille, il arrive souvent que les familles les plus avantagées aient le meilleur accès à ces ressources additionnelles. Par exemple, certaines populations pourraient accéder très facilement à des places en milieu de garde parce qu’elles vivent près d’un centre. Si les gens n’ont pas de transport, si le milieu de garde n’est pas ouvert pendant leurs heures de travail ou si ce milieu ne correspond pas à leur système de valeurs culturelles, certains groupes risquent de demeurer exclus ou de ne pas avoir un meilleur accès même si nous avons fourni des ressources additionnelles. C’est très commun, car même si nous croyons fournir des ressources accessibles à tous, à moins de retirer certains obstacles touchant certains groupes plus que d’autres, comme le transport, les horaires de travail ou les barrières culturelles, nous n’atteignons pas toute la population et nous contribuons potentiellement à un accroissement des inégalités dans notre société.
