Guhn – éliminer la pauvreté infantile

Réalisant cette recherche depuis un certain temps, arrivant dans un milieu de recherche sur les déterminants sociaux de la san té, ici, à la UBC, et ayant travaillé dans ce domaine depuis longtemps, je suis frappé, de plus en plus fort au fil du temps, par la présence universelle d’un gradient de santé socioéconomique très puissant. Ce qui soulève des questions concernant l’équité et l’égalité dans notre société. À Vancouver, et j’imagine que c’est la même chose à d’autres endroits au Canada, sur le plan historique et géographique, nous vivons dans une période d’abondance, en moyenne. Mais, nous vivons aussi à une époque où les taux de pauvreté infantile sont terriblement élevés. Ils s’élèvent à plus ou moins 20 % selon la méthode de comptage en Colombie-Britannique, et se situent dans les mêmes eaux dans d’autres provinces. La question est de savoir comment, en tant que société, nous pouvons tolérer qu’un enfant sur cinq vive dans la pauvreté, car nous connaissons les conséquences tragiques à long terme de la pauvreté, notamment la perturbation du cycle du sommeil, l’accès à la nutrition ou l’exposition à des polluants environnementaux.  Toute une série de conséquences est associée, sans qu’il y ait nécessairement de lien de causalité, à la pauvreté. Dans certaines populations comme les familles monoparentales, 60 % de ces enfants vivent dans la pauvreté, et les taux de pauvreté pour les enfants autochtones sont absolument révoltants. Pourtant, lorsque nous demandons à des Canadiens dans la rue de nommer une de leurs valeurs, ils répondront l’équité et l’égalité. Ce n’est pas la société dans laquelle nous vivons, mais nous avons toutes les ressources dont nous avons besoin pour la rendre plus équitable. L’un des buts fondamentaux de notre travail est de mettre en lumière l’inégalité que nous voyons et de motiver les gens à agir, parce que beaucoup de choses peuvent être faites. Le Danemark a essentiellement éliminé la pauvreté infantile. Ce pays n’est pas plus riche que le Canada et ses habitants ne sont pas plus doués que les Canadiens, mais ils prennent depuis longtemps des décisions politiques visant à éliminer la pauvreté infantile et ils y sont parvenus. Il n’y a aucune raison pour le Canada de ne pas pouvoir le faire. J’espère donc qu’en continuant de pousser et de jeter la lumière sur l’inégalité et ses conséquences pour nous tous en tant que société, nous pourrons immédiatement assurer le bien-être des enfants, ce qui est très important; mais aussi, à long terme, éliminer les conséquences de ce type d’expérience et leur effet néfaste pour notre société. C’est donc ce que j’espère accomplir avec ce travail.