Gluckman – plasticité développementale

Un principe biologique est que nous sommes plus plastiques au commencement de notre vie. Les influences sur notre amas initial de quelques cellules s’amplifient et causent de plus grands effets dans ces tissus, car ils se développent à partir des cellules individuelles. Beaucoup d’organes ne sont plastiques que pendant une période limitée de leur vie. Par exemple, le cerveau est moins plastique lorsque nous sommes adultes que lorsque nous sommes enfants. Nous ne pouvons pas régénérer les cellules des muscles au-delà de la vie fœtale et ainsi de suite. Les principes de plasticité développementale sont essentiellement que le fœtus prend l’information de la mère et apporte de légères modifications pendant son développement pour tenter d’optimiser sa réussite dans la vie, si possible. Ce n’est pas aussi marquant chez les humains, du moins à l’œil nu, que chez d’autres espèces. L’exemple le plus évident est celui de l’abeille domestique. Prenons une larve femelle d’abeille domestique. Si celle-ci est seulement nourrie de gelée royale, elle devient une reine. Si elle est nourrie d’un mélange de gelée royale et d’autres aliments, elle devient une ouvrière. Une reine et une ouvrière sont très différentes; l’une est grande et l’autre est petite. Elles n’ont pas le même métabolisme et ont des comportements différents. Elles ont exactement les mêmes gênes. La seule différence est que le gène est activé tôt dans la vie et que la plasticité de l’organisme est modifiée pour le développement en reine ou en ouvrière. C’est un exemple frappant. Dans le cas du fœtus, nous croyons que les changements sont subtils. Le fœtus et l’embryon prennent l’information de la mère et l’utilisent pour apporter des modifications à la façon dont leurs gènes sont activés et à la façon dont les organes se développent et fonctionnent. Évidemment, il ne s’agit pas d’une relation directe entre ce que la mère fait et ce que le fœtus voit, parce qu’entre les deux il y a un autre organe, appelé le placenta. C’est un processus comportant beaucoup d’étapes entre la mère vivant dans le monde, ce qu’elle mange et son environnement, et les expériences du fœtus qui est maintenu à l’écart du monde extérieur par le placenta. Si le placenta est en bonne santé, les seuls renseignements que le fœtus voit sont les signaux des nutriments ainsi que certains signaux d’hormones qui traversent le placenta. Mais si le placenta n’est pas en bonne santé, comme dans des cas de prééclampsie, de diabète gestationnel ou d’infection à la malaria, il est plus susceptible de transmettre de l’information trompeuse au fœtus, l’exposant à un plus grand risque. C’est donc une histoire très compliquée, mais la prémisse est simple. Nous voulons que nos mères, avant la grossesse et pendant, et que nos pères, avant la grossesse, maintiennent un mode de vie sain, parce que cela entraînera de meilleurs résultats pour l’enfant de la prochaine génération. Et c’est ce que tous les parents veulent.