Durrant – célébrer l’indépendance
En effet, lorsque les enfants commencent à parler, nous célébrons, lorsqu’ils commencent à marcher, nous célébrons, et lorsqu’ils font ces choses qui signalent leur indépendance, nous célébrons. Pourtant il y a certains aspects de leur indépendance que nous ne célébrons pas, en fait que nous essayons d’éradiquer. Et ce sont des choses comme de dire « non », ou de décider ce qu’ils veulent manger, ou de décider ce qu’ils veulent porter. Et en effet, ces jalons, bien qu’ils puissent énerver un parent qui a besoin de partir, qui se préoccupe de la nutrition de l’enfant, qui veut que l’enfant soit bien soigné parce qu’ils ont une séance de photo aujourd’hui, le parent peut se sentir frustré parce que les choses ne vont pas à sa façon. Ce sont aussi des signes d’indépendance qui méritent d’être célébrés.
Et je crois que parfois les parents s’énervent non pas parce qu’ils pensent à l’enfant, mais parce qu’ils s’inquiètent des conséquences que cela aura pour eux. C’est assez courant, et en étant parent moi-même, je peux comprendre le sentiment que si votre enfant ne se comporte pas de la manière dont les enfants devraient se comporter dans un lieu public, vous ressentez la pression de l’œil du public plutôt que de songer à : « Qu’est-ce que ce comportement signifie du point de vue de l’enfant? », « Qu’est-ce qu’elle essaie de me communiquer? » et « Qu’est-ce que cela signale dans le contexte du développement? » Ainsi, lorsque les enfants, par exemple, commencent à dire « non », les parents peuvent interpréter cela comme une attitude de défi, par exemple. S’ils interprètent ce comportement comme une attitude de défi ou une menace à leur autorité, ils ne reconnaissent pas qu’il s’agit d’une très importante évolution du développement de l’enfant, soit l’acquisition de sa capacité à dire « Non, je suis capable de prendre une décision ».
Et si nous planifions nos objectifs à long terme, si nous songeons aux compétences que nous souhaitons que nos enfants acquièrent pour leur avenir lorsqu’ils seront indépendants, nous voulons qu’ils soient capables de se défendre, nous voulons qu’ils puissent exprimer leurs opinions, nous voulons qu’ils ne soient pas incités à faire comme tout le monde, nous voulons qu’ils puissent avoir leur propre voix. Et cela commence par le mot « non ».
Toutefois, il faut bien sûr éviter de laisser les enfants avoir des comportements dangereux comme se lancer dans la rue, ou mettre ses doigts dans les prises électriques, mais nous devons les guider autour de ces questions de sécurité d’une manière respectueuse qui n’étouffe pas leur sens de la compétence, leur sens de l’indépendance, et leur capacité à croire qu’ils ont le droit de dire ce qu’ils pensent. Nous devons encourager cela tout en les gardant en sécurité. Et bien sûr, l’une des meilleures façons de le faire est d’aménager nos maisons pour qu’elles soient sans dangers pour les enfants pour simplement éviter que ces situations surviennent. Si une enfant vit dans un milieu sécuritaire, elle peut explorer, et elle peut définir ses propres intentions dans une large mesure.
Il y a certainement des situations où les parents doivent partir à l’heure. Ces types d’incidents pratiques et quotidiens surviennent plusieurs fois dans la journée de chaque famille et je crois que c’est la façon dont nous répondons à ces situations qui compte. Le parent doit certainement être ponctuel au travail et il ne peut pas simplement s’asseoir et attendre toute la journée, de sorte que l’enfant doit également apprendre qu’il y a certaines attentes qui doivent être satisfaites. Mais cela peut être fait d’une manière qui respecte le niveau de développement de l’enfant; qui respecte l’enfant en tant que personne, en tant qu’individu, et qui répond tout de même aux besoins du parent. Il faut éviter de frapper, crier ou punir. Ces choses n’aident pas la situation et elles ont tendance à créer davantage de résistance de la part de l’enfant. Tout comme les adultes, si les enfants ont des limites imposées partout autour d’eux, ils auront tendance à vouloir les repousser. Les parents doivent donc renforcer leurs compétences pour susciter la coopération des enfants, et éviter de les contraindre à s’y conformer. Ce sont deux choses très différentes; de différents processus.
