Curtis – Thinking Lens
Une autre façon utile d’approcher la pratique réflexive est d’avoir un protocole de réflexion. Margie Carter et moi avons conçu le protocole Thinking Lens pour orienter la réflexion. Il ne fournit pas toujours une réponse sur ce qu’il faut faire, mais offre des pistes. La première partie est l’idée de se connaître soi-même. C’est le premier élément du protocole; vous êtes la personne ayant plein pouvoir dans la pièce. Vous êtes l’adulte. Vous décidez quand allumer ou éteindre les lumières et quels jouets seront sur la table. Vous décidez à qui vous porterez attention et la façon dont vous le ferez. Donc, en tant qu’adulte dans la pièce, vous devez vraiment savoir qui vous êtes, ce que vous pouvez offrir, vos déclencheurs, vos angles morts et ce que vous aimez. La deuxième partie est la nécessité de rechercher la compétence chez les enfants. Lorsque vous examinez une situation, vous devez tenter de trouver la compétence sous-jacente. Même les comportements d’enfants les plus difficiles montrent qu’ils saisissent quelque chose ou qu’ils essaient de saisir quelque chose. Ils ne le font peut-être pas de façon utile pour eux ou les autres, mais cela montre qu’ils réfléchissent à quelque chose. Même dans les circonstances les plus difficiles, vous devez repérer cette compétence, car c’est ce sur quoi vous allez vous pencher. Les gens ne grandissent pas à partir de ce qu’ils ne connaissent pas et ne savent pas faire. Ils grandissent à partir de ce qu’ils connaissent et comprennent. Si vous voyez la compétence d’un enfant, vous serez plus susceptible de lui offrir quelque chose qui l’aidera à grandir. Si vous ne pensez pas qu’il est compétent, vous n’offrez rien. Si vous savez que l’enfant en est incapable, vous ne vous en occupez pas. Ou si l’enfant ne fait que frapper les gens, vous le retirez simplement de la situation. Toutefois, sous un jour favorable, je peux constater que quelque chose se produit, je peux comprendre son esprit, et non son comportement, et je peux voir ses objectifs. J’essaie de ne pas le voir comme agissant mal : voici l’enfant sous son meilleur jour, il sait très bien exprimer ses grosses émotions, même si cela peut sembler difficile pour tout le monde. La troisième partie du protocole est une chose à quoi, selon moi, les gens ne pensent pas très souvent, soit comment comprendre le point de vue de l’enfant. Nous pensons toujours à notre propre point de vue et nous pensons à celui des parents, mais nous pensons rarement à ce que l’enfant voit dans une situation. Nous essayons toujours de corriger les enfants, de leur enseigner ou de leur offrir quelque chose plutôt que de nous mettre à leur place et de voir le monde de leur façon. J’essaie de trouver ce qu’ils pourraient voir que je ne vois pas. Quelle expérience vivent-ils? Un jour, un petit garçon a laissé tomber des cailloux sur sa tête après avoir passé beaucoup de temps à les explorer. Je me suis demandé quelle était cette expérience pour lui. Qu’est-ce que son visage pouvait remarquer, qu’est-ce que son corps pouvait sentir et que pouvait-il entendre? Cela m’a donné un tout nouveau point de vue. Réfléchir à la perspective des enfants, essayer autant que possible d’y penser et s’en émerveiller est une autre partie du protocole. On peut aussi se demander comment l’environnement, autant physique que socioaffectif, influence la situation. Je suis enseignante en environnement et c’est ce sur quoi je passe beaucoup de temps à réfléchir. Je pense à ce que communique chaque centimètre et chaque matériau de mon aménagement. Comment puis-je organiser et créer un bel espace ordonné dans lequel les enfants peuvent voir ce qui est offert? Quelles sont toutes les possibilités? Je veux pouvoir examiner les enfants dans l’environnement et les choses qui se produisent. Qu’est-ce que ce matériau leur suggère de faire? Comment l’ont-ils utilisé, l’ont-ils utilisé comme je pensais qu’ils feraient? Ont-ils fait autre chose? Comment cet espace contribue, par exemple, au conflit ou à la coopération. On peut examiner très attentivement ces détails de l’environnement et des matériaux, ainsi que le milieu socioaffectif, comme lorsque je vais dans des classes où les enfants sont très organisés. La façon d’être de ces enfants est très différente. On peut le constater dans l’environnement socioaffectif. C’est un facteur très important. Les autres points de vue que je peux examiner sont dans une autre partie du protocole, la cinquième partie. Comment la réflexion sur le développement de l’enfant, la théorie de l’apprentissage et le développement du cerveau me permettent-ils d’analyser la situation? Comment penser au point de vue de la famille ainsi qu’aux références et aux cadres culturels? Comment influencent-ils la situation? C’est un point très important. Je pense que nous devons retirer ces facteurs plutôt que de les laisser au sein de perspectives multiples. Comment est-ce perçu par mes collègues ou par les organismes d’octroi de permis? Nous pouvons formuler notre réflexion sur ce qui se joue et en approfondir notre compréhension à partir de nombreux cadres, et c’est ce qui constitue les perspectives multiples. La dernière partie consiste à examiner les mesures à prendre concernant ces points de réflexion. Évidemment, nous ne pouvons pas retourner dans nos pensées à ces moments et refaire chaque fois tout le processus. Cependant, si nous le faisons à l’écart en saisissant, par exemple, de la documentation, des photos et des instants, et en y réfléchissant, nous bâtissons un répertoire de possibilités pour ces moments avec les enfants. Je vous recommande d’adopter ce protocole et de constamment vous exercer à le suivre. Vous n’êtes pas obligé d’exécuter toutes les parties chaque fois. Vous choisissez les parties auxquelles vous voulez réfléchir dans une situation. C’est simplement un outil utile pour discipliner votre réflexion, car le domaine de la petite enfance ne nous laisse pas beaucoup de temps. Lorsque nous avons du temps, je crois qu’il faut bien l’utiliser, avec une attention rigoureuse. La pratique réflexive consiste à réfléchir plus systématiquement aux problèmes et à ce qui se produit, puis à prendre des décisions fondées sur nos valeurs. Nous pouvons penser à ce que nous ne voulons pas qui arrive et à ce que nous allons faire. C’est, en résumé, ce qu’est le protocole Thinking Lens.
