Brussoni – le jeu dans la nature et le jeu risqué

Je vais maintenant vous présenter un projet que j’ai réalisé avec la professeure Susan Herrington de la School of Architecture and Landscape Architecture à la UBC. Il s’intitule Nature Play Meets Risky Play.  Le Hampton Fund de l’Université a fourni le financement, et une remarquable équipe d’étudiants nous a aidés. Susan Herrington et ses étudiants ont élaboré des principes et des directives pour la conception d’espaces de jeu, intitulés les « 7 C ». Il s’agit du caractère, de la connectivité, de la chance, du défi, de la clarté, du changement et du contexte. Je vous invite à télécharger le document de Susan en ligne. C’est un bon document, très facile à suivre. Nous avons aussi mis au point un outil d’évaluation des espaces de jeu dans les centres de la petite enfance. Généralement, lorsqu’on examine les principaux composants des 7 C, les espaces de jeu de la meilleure qualité sont ceux adaptés à la hauteur des enfants. On tient compte du fait que les enfants sont beaucoup plus petits, et qu’ils sont aussi sensibles au climat. On doit penser à la météo, à la température au climat possiblement pluvieux et à d’autres facteurs semblables. Les espaces de jeu de la meilleure qualité offrent des matériaux vivants, des matériaux polyvalents à manipuler, de la souplesse pour laisser l’imagination façonner le jeu, et des espaces de jeu individuel et de groupe. Pour notre projet, nous voulions savoir si les espaces de jeu naturels et extérieurs offrant des possibilités de jeu risqué influençaient les comportements et les interactions sociales des enfants. Nous avons examiné deux centres de la petite enfance à Vancouver qui avaient obtenu les notes les plus basses dans une étude réalisée par Susan Herrington utilisant les 7 C pour évaluer la qualité des terrains de jeu. Nous savions que nous pouvions améliorer ces espaces de jeu. Voici des images de chaque espace de jeu avant notre intervention. Au centre 1, il y avait quelques structures fixes et un sol en paillis d’écorce. Il y avait un petit carré de sable, mais les éléments de verdure ou les matériaux naturels étaient presque inexistants. Le centre 2 avait une surface de jeu en béton et le personnel formé en petite enfance avait mis des jouets en plastique à la disposition des enfants pour les divertir. Encore une fois, il n’y avait presque pas de matériaux naturels. Les deux centres comptaient en tout 46 enfants participants et nous avons pris des mesures de chacun d’entre eux. Nous avons filmé huit garçons et huit filles de chaque centre en train de jouer, et obtenu un peu plus de détails sur leurs activités de jeu. Nous avons aussi discuté avec les membres du personnel formé en petite enfance et, en tout, 16 ont participé à notre étude. Nous avons pris des mesures qualitatives et quantitatives du bien-être mental des enfants, de leur activité physique, de leurs comportements de jeu, de leurs résultats sociométriques, et autres, avant de faire l’intervention. Nous avons ensuite réalisé l’intervention et pris les mêmes mesures, laissant passer une période de deux semaines après l’intervention pour laisser l’effet de nouveauté du milieu s’estomper. Voici les images du centre 1 avant et après.  Nous avons évalué le terrain de jeu selon les critères 7 C, la note maximale étant de 135. La note du centre 1 était de 44 sur 135 avant l’intervention. Après l’intervention, elle était de 97 sur 135, une nette amélioration du point de vue des 7 C. En raison des deux installations fixes, nous ne pouvions pas faire de grands changements dans l’espace de jeu, outre le placement très délibéré de matériaux naturels. Nous avons ajouté des bambous convenant au climat de Vancouver. Nous avons adouci le milieu avec de l’herbe et ajouté des pierres, du sable, du verre de mer et autres. On peut voir un enfant s’amuser en empilant des pierres les unes sur les autres. Celles-ci étaient donc utilisées comme des matériaux polyvalents. On peut aussi voir un enfant se tenir en équilibre sur des pierres différentes. Les enfants se cachent souvent dans le bambous et aiment vraiment ces espaces. Ce terrain de jeu n’offrait pas d’ombre, sauf sous l’équipement; les enfants aimaient donc que les bambous créent de l’ombre pour eux. Nous avons installé un gros pot en terre cuite rempli de verres de mer, ce que les enfants ont trouvé fantastique. Ils croyaient qu’il s’agissait de joyaux, ce qui a mené à la création de plein de jeux. Le pot était assez grand pour que les enfants puissent s’asseoir et s’installer dans le verre de mer. La note 7 C du centre 2 avant l’intervention était de 35 et, par après, de 125. Comme je l’ai mentionné, les enfants avaient accès à bon nombre de jouets en plastique. Ils se déplaçaient en tricycle au milieu de l’espace, et ceux qui ne faisaient pas de tricycle devaient prendre garde de ne pas se faire heurter. Il n’y avait pas d’espaces délimités clairs pour le jeu individuel ou de groupe. Il n’y avait nulle part où se cacher ni d’endroits de jeu plus tranquille et contemplatif. Dans l’image après l’intervention, nous voyons le chemin créé pour les tricycles, et les endroits discrets permettant le jeu pour les enfants. Nous avons aussi adouci l’espace. Par exemple, malgré le béton, nous avons posé quelques plaques de gazon pour offrir des espaces de jeu au sol plus mou, afin qu’il n’y ait pas seulement des matériaux durs. Le carré de sable désagrégé a été remplacé par un beau gros carré de sable permettant aux enfants de s’asseoir et de s’y amuser. Des bambous couvrent l’espace et créent beaucoup de lieux différents pour le jeu en groupe ou individuel, pour jouer à la cachette ou autre. Il y a aussi des matériaux polyvalents, comme des tiges de bambou, servant à des jeux de construction, et sont très populaires. Il y a des pierres sur lesquelles les enfants peuvent se tenir en équilibre. Le pochoir au sol permet aux enfants de créer différents jeux avec les motifs et avec les chemins qu’ils peuvent suivre. Nous avons rempli les pneus qui étaient dans l’espace de jeu avec des plantes et des matériaux que les enfants peuvent toucher et explorer. Nous voulions offrir une expérience cinétique complète. Les prochaines diapositives montrent les enfants en train d’utiliser ces espaces de jeu. Beaucoup se cachaient, s’assoyaient sur les pneus, touchaient les plantes et les exploraient en profondeur. Les tricycles avaient leur propre chemin.  Ainsi, nous faisions le suivi des activités de jeu de 16 enfants dans chacun des centres. Deux séances de jeu ont eu lieu avant et deux séances après l’intervention pour chaque enfant. En plus de filmer ces séances de jeu, nous avons tracé la carte de leurs mouvements, que l’on voit ici. La vue aérienne permet aussi de voir l’emplacement des plantes et des matériaux avant et après l’intervention. Voici les mouvements du même enfant qui joue pendant deux séances de 30 minutes, l’une avant l’intervention, l’autre après. Nous voyions une grande différence quant à la façon dont l’enfant se déplace dans cet espace. Il intègre davantage l’espace dans son jeu. Ce qui est aussi arrivé au centre 2. Dans la carte de la première séance, la ligne rouge nette montre des allers-retours le long de la clôture à mailles. Ces cartes ont été créées en faisant le suivi des enfants. Les chercheurs les suivaient en indiquant avec un crayon leurs déplacements sur une feuille. Cette mesure permettait de décrire leurs déplacements réels. La séance 2 montre que les enfants utilisaient davantage les différents aspects de l’espace de jeu, car il y a beaucoup de déplacements d’exploration des différents lieux de l’espace de jeu. Dans un groupe de discussion, nous avons demandé aux membres du personnel formé en petite enfance leur avis sur les espaces de jeu avant et après. Avant l’intervention, ils ont dit que les sites étaient peu accueillants, monotones, laids, dangereux, poussiéreux, chauds, sans ombrage. Ils trouvaient aussi qu’il était difficile d’y gérer la conduite des enfants, surtout au centre 2. Cela est lié au point suivant, soit que les enfants ne pouvaient pas jouer par eux-mêmes sans enseignant. Comme les enfants n’avaient pas beaucoup de choses à faire et que l’équipement était limité, ils se faisaient la compétition pour les jouets disponibles, comme les ballons ou les tricycles, et les membres du personnel formé en petite enfance mêmes étaient des jouets. Ces derniers devaient travailler fort pour trouver différentes activités pour les enfants et mettre fin aux disputes pour les ressources. L’élément positif relevé concernant les espaces avant l’intervention est qu’il était plus facile de compter les enfants. Les enfants n’avaient pas d’endroits où se cacher, il était donc très facile de voir tout le monde en tout temps. Après l’intervention, ils trouvaient que les espaces de jeu étaient très invitants. Ils ont remarqué que les enfants semblaient plus sensibles à la nature et que les moments de qualité et les interactions avec les enfants étaient nettement meilleurs. Ils avaient une meilleure autorégulation, créativité, socialisation, capacité de résolution de problèmes et concentration, et plus de confiance en eux-mêmes. Il y avait aussi moins d’activités dirigées par le personnel enseignant. Les enfants pouvaient déterminer eux-mêmes ce qu’ils voulaient faire, et il y avait des ressources pour les garder occupés. Il y avait moins de stress, d’ennui, de blessures et de bruit. Nous avons aussi pris des mesures quantitatives de ce qui se passait. Selon différents questionnaires et codes des activités de jeu, il y a eu une baisse importante de problèmes avec les pairs, d’affects dépressifs et de comportements antisociaux.  Ce sont toutes des choses qui se sont produites à la deuxième séance. Les membres du personnel formé en petite enfance ont vu moins d’interactions élèves-enseignants. Les enfants pouvaient maintenant jouer de manière plus indépendante, et il y a eu une hausse considérable des comportements sociaux positifs. Les interactions entre les enfants étaient plus positives après l’intervention qu’avant. L’étude pilote était assez limitée et nous avons été très surpris et encouragés d’obtenir d’aussi bons résultats avec une intervention plutôt modeste. Un achat de matériaux totalisant 8 000 $, soit 5 000 $ pour le centre 2 et 3 000 $ pour le centre 1, a donné lieu à des résultats très importants et significatifs.