Brussoni – les peurs sont une barrière au jeu
Je travaille depuis plusieurs années comme chercheuse au BC Injury Research and Prevention Unit. Beaucoup de nos travaux concernent les obstacles qui empêchent les enfants de pouvoir jouer comme ils le veulent. L’un des obstacles majeurs est la peur. Les parents ont notamment peur que l’enfant se blesse ou que quelque chose d’horrible lui arrive, ou qu’il salisse ses vêtements, ce genre de chose. Les éducateurs et les municipalités ont des craintes quant à leur responsabilité, des choses du genre, et ces peurs restreignent vraiment ce que les enfants ont le droit de faire. Nous vivons donc dans ce que j’appelle une culture de « soins fondés sur l’anxiété ». C’est-à-dire que l’on décide de ce que les enfants peuvent faire en fonction de nos peurs, on traite de ces peurs plutôt que de ce qui est dans le meilleur intérêt de l’enfant. On se concentre tellement à essayer de régler ces peurs, alors que nombre d’entre elles sont démesurées si l’on s’en tient aux données statistiques ou aux recherches disponibles sur la probabilité de ce genre d’incidents.
Et pourtant, on empêche les enfants de faire beaucoup de choses à cause de ça. Il s’agit avant tout d’aller outre l’idée qu’il faut prendre des décisions fondées sur la peur et l’anxiété pour pouvoir prendre des décisions axées sur les enfants, leurs besoins et leurs compétences, ainsi de suite, pour que la prise de décision soit davantage axée sur l’enfant plutôt que sur les adultes qui gèrent leurs peurs. Nous devons donc élargir nos horizons pour envisager les comportements vraiment acceptables pour un enfant et ce qui a évolué avec le temps. Autrefois, c’était tout à fait normal pour des enfants de jouer dehors après le souper, jusqu’à ce que les lampadaires s’allument, ou de pouvoir monter aux arbres, etc. Et pourtant aujourd’hui, c’est devenu très rare. Il s’agit donc de changer notre perception de ces éléments pour retrouver un équilibre et un caractère raisonnable dans la façon dont nous envisageons les choses.
