Brownell – la recherche sur la santé de la population
Au Centre manitobain des politiques en matière de santé, où j’occupe un poste principal de recherche, nous utilisons de vastes bases de données secondaires, soit des bases de données administratives qui recueillent des données à des fins autres que la recherche. Par exemple, la base de données sur les médecins sert essentiellement à rémunérer les médecins, mais son contenu est d’une grande richesse. En plus d’indiquer qui sont les médecins et les patients, elle fournit la raison de la visite du patient. Le centre a une collection complète de ces bases de données administratives, et ma recherche porte surtout sur la santé et le développement des enfants. Nous pouvons ainsi voir les tendances relatives aux visites chez le médecin au sein des enfants. Les dossiers d’hôpitaux contiennent toutes sortes de renseignements sur la naissance. L’état de santé à la naissance est très important pour le développement de l’enfant. Nous examinons, par exemple, le faible poids à la naissance et la prématurité, puis commençons à établir des liens entre les bases de données. Mon travail porte surtout sur la santé et le développement de l’enfant. Les enquêtes sont aussi un autre outil utile. Il y a l’Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes (ELNEJ), une riche source d’information approfondie. Mais, puisqu’il s’agit d’une enquête, elle n’est pas réalisée auprès de toute la population. Nous remarquons que les familles absentes des enquêtes sont souvent – surtout dans le cas d’une enquête longitudinale où il faut régulièrement recommuniquer avec les familles – les familles mobiles, pauvres ou injoignables pour un suivi téléphonique. Les familles extrêmement pauvres ou aux prises avec de très grandes difficultés semblent ainsi sous-représentées dans ces enquêtes. De plus, les questions des enquêtes, par exemple, demander aux parents de décrire leur état de santé et celui de leur enfant, suscitent des réponses basées sur une opinion. Ce qui est considéré comme un très mauvais état de santé ou un excellent état de santé peut varier d’une personne à l’autre. Ce sont des points négatifs des enquêtes. Comme je l’ai dit, nos données administratives ne peuvent pas fournir de l’information aussi approfondie que l’ELNEJ, mais elles sont vastes et touchent toute la population. Ces données sont plutôt objectives, mais ne le sont pas totalement, car la fréquence des visites chez le médecin peut aussi dépendre des parents : un parent hyperanxieux pourrait amener son enfant voir un médecin plus souvent qu’un parent moins inquiet. Un enfant ayant vu un médecin dix fois dans l’année, est-il plus malade qu’un enfant qui a seulement visité le médecin une fois? En étudiant les hospitalisations, les prescriptions et d’autres facteurs, nous pouvons voir que le médecin qui a examiné cet enfant a déterminé qu’il était suffisamment malade pour être hospitalisé. C’est donc ce type d’avantages qu’offrent les enquêtes menées auprès de toute la population. Nous obtenons des données sur les familles les plus pauvres, et même celles qui sont très mobiles, tant qu’elles visitent un médecin ou un hôpital au Manitoba, car le numéro de renseignements médicaux personnels demeure le même dans la province. C’est ainsi que nous les trouvons dans les données. Nous n’avons pas le numéro de santé réel, mais nous en avons une version anonyme. Donc, peu importe où elles consultent un médecin au Manitoba, nous pouvons en faire le suivi.
