Boyce – l’orchidée et le pissenlit
Nous utilisons la métaphore orchidée- pissenlit comme une caricature de ce que nous voyons dans ces groupes d’enfants. Les Suédois ont une expression idiomatique, « Maskros barn », signifiant enfant-pissenlit. Ils l’utilisent pour parler des types d’enfants qui peuvent pousser n’importe où, comme un pissenlit. Ils peuvent pousser dans les fissures de trottoir, dans des champs fertiles ou sur une paroi rocheuse; le type d’environnement où ils se trouvent n’a pas beaucoup d’importance pour eux. Les enfants moins réactifs, qui représentent la majorité des enfants que nous étudions en laboratoire, semblent relativement indifférents aux types de défis environnementaux auxquels ils font face dans leur vie normale de tous les jours. Nous avons inventé un néologisme suédois, « Orkide barn », pour caractériser l’autre type d’enfant; l’enfant très réactif qui a un potentiel de grande beauté, de grande efficacité et de grands résultats sur le plan du développement et de la santé, mais qui est très sensible aux environnements où il est élevé, comme l’orchidée. Nous pouvons imaginer des types d’environnements humains, à l’époque contemporaine ou dans un passé évolutif distant, qui pourraient avoir favorisé ou encouragé l’émergence ou la préservation de ces enfants ayant les caractéristiques de l’orchidée. Par exemple, dans la société actuelle, nous pouvons imaginer qu’un enfant grandissant dans un environnement très stable, sensible et bienveillant retirerait plus d’avantages de ce milieu positif s’il était plus ouvert à l’influence du milieu, plus réactif, plus réceptif et plus sensible. On peut donc supposer que ces types d’environnements au sein d’une société contemporaine où les enfants reçoivent beaucoup de soutien et d’encouragement leur seraient avantageux pour développer ce phénotype d’enfant-orchidée. De l’autre côté, dans d’anciens milieux d’adaptation évolutive – dans un passé très distant –, la présence d’individus plus sensibles aux stimuli dans l’environnement d’un groupe social avait peut-être un effet protecteur. Par exemple, certains ont fait valoir que les individus plus vigilants, plus sensibles et plus réactifs à l’environnement pourraient avoir aidé à protéger des troupes de premiers hominidés vivant dans des environnements qui comprenaient des dangers de prédation et autres. La métaphore orchidée-pissenlit nous induit en erreur en nous incitant à penser à des catégories plutôt qu’à un continuum; en réalité, on voit bien en laboratoire que le phénomène de la réactivité est continu. Cela dit, si nous prenons la tranche de 20 % des enfants les plus réactifs, ce sont eux qui ont cette caractéristique d’avoir les meilleurs ou les pires résultats, et ceux à qui nous avons donné le nom d’enfants-orchidées.
