Blackstock – les enfants pris en charge
Il ne faut pas oublier que les principales causes de la prise en charge des enfants des Premières Nations sont la pauvreté, l’insalubrité des logements et la consommation de substances liée au traumatisme multigénérationnel par le pourvoyeur de soins. La bonne nouvelle est que nous pouvons agir pour traiter ces trois facteurs. À l’échelle systémique, le personnel en petite enfance ou les organismes, conjointement avec le gouvernement provincial ou fédéral, peuvent défendre les intérêts des enfants afin de remédier à ces iniquités pour que les services de traitement contre la consommation de substances soient adaptés sur le plan culturel et que les intervenants s’éduquent à ce sujet. Beaucoup de gens croient qu’il ne s’agit que d’une seule grande catégorie. Toutefois, les personnes qui ont travaillé aux premières lignes savent que c’est faux. Les incidences de la consommation sur la parentalité varient considérablement quant au degré de consommation et à la combinaison des substances consommées. Je crois qu’il faut pousser les gens à modifier ce qu’ils sont capables de changer. Un des points auquel le personnel en petite enfance devrait réfléchir est de déterminer la source réelle de risque pour les enfants. J’ai travaillé dans le domaine de la protection de l’enfance pendant 15 ans et j’ai commencé à voir que dans le cas des familles des Premières Nations, la source de risque, ces iniquités dont nous avons parlé, le traumatisme multigénérationnel lié aux pensionnats autochtones, était souvent externe à la famille, et pourtant la tendance dans le système était de dire que les parents étaient responsables de faire ces changements, que c’était la responsabilité de la communauté. Cela est en partie vrai. Lorsqu’ils peuvent faire ces changements, ils devraient les faire. Mais ne sommes-nous pas aussi responsables du traitement des éléments exposant les enfants à des risques qui ne sont pas sous le contrôle raisonnable de la famille? J’essayerais aussi d’apprendre des autres éducateurs de la petite enfance, comme Margo Greenwood et l’Aboriginal Childcare Association, en C.-B., au sujet des types de ressources qu’un centre peut utiliser pour parler des différentes formes de familles. Heureusement, avec la communauté LGBTQ et autres, nous voyons maintenant d’autres types que nous ne pouvions pas voir auparavant. Nous devons élargir la conversation pour parler des enfants pris en charge qui vivent temporairement hors de leur famille, parfois même en permanence, et qui peuvent avoir plusieurs familles : celle dans laquelle ils vivent, puis celle qu’ils visitent et avec laquelle ils passent du temps autrement, afin d’essayer de normaliser la situation pour les autres enfants et l’enfant même. L’émission Sesame Street a maintenant un personnage pris en charge par le système. Le personnel en petite enfance a accès à de plus en plus de ressources. Il faut comprendre à quel point il est difficile pour les enfants d’être retirés de leur famille. Ils ressentiront un manque de tout ce qui leur est familier. Ils avaient peut-être une couverture préférée à la maison qu’ils n’ont plus maintenant. Ils peuvent s’ennuyer de leur chien ou chat, ou de leur frère ou sœur selon le type de placement. Il faut leur fournir un endroit où ils peuvent s’exprimer et avoir accès à l’aide dont ils pourraient avoir besoin et, lorsque c’est possible, intégrer des aînés et d’autres gardiens du savoir dans votre centre; pas nécessairement pour cet enfant en particulier, même si cela est parfois requis, mais pour que tous les enfants commencent à comprendre la sagesse et certaines difficultés auxquelles les Premières Nations font face. Sur le plan du développement, les enfants apprennent l’équité vers l’âge de 2 ans. Les petits enfants comprennent les iniquités et veulent aider à y remédier. On peut donc faire participer les enfants du centre au redressement de ces iniquités. Il y a beaucoup de moyens pour commencer à changer les choses pendant la petite enfance afin que cette génération d’enfants des Premières Nations ait une chance équitable.
