Black – l’étude Abecedarian

Certaines études à long terme ont eu une incidence majeure sur notre compréhension. Dans les années 1970, en Caroline du Nord, un groupe de spécialistes du développement de la petite enfance provenant de différentes disciplines s’est réuni et a mis sur pied le projet Abecedarian. Ils ont recruté des enfants de famille à faible revenu de cette région et leur ont fourni aléatoirement soit une intervention de la petite enfance, soit des soins standards. L’intervention de la petite enfance s’est déroulée sur une période de cinq ans. Il s’agissait d’un programme de jour offert dans un centre de la petite enfance qui offrait aux enfants de bons aliments, une gamme d’activités basées sur le jeu et un accès aux soins de santé primaires. À l’âge de 5 ans, les enfants ont ensuite commencé l’école. On a fait leur suivi pendant des années, à l’école élémentaire, à l’école intermédiaire et au secondaire, et on a constaté que les enfants ayant reçu des services à la petite enfance ont obtenu de meilleurs résultats dans plusieurs évaluations relatives au développement cognitif et à la réussite scolaire que les enfants du groupe témoin. L’étude montre que les enfants à qui on répond aux besoins, qui sont bien nourris et qui reçoivent des soins de santé adéquats pendant la petite enfance en bénéficient tout au long de leur vie. À l’âge de 35 ans, les enfants étant maintenant adultes, un autre suivi a été réalisé. L’objet du suivi était l’état de santé des enfants et, étonnamment, on a constaté que les enfants ayant reçu une intervention à la petite enfance étaient moins susceptibles d’avoir un syndrome métabolique et avaient une meilleure tension artérielle que les enfants du groupe témoin. Ce n’est pas ce à quoi on s’attendait, mais c’est ce qui a été observé. Il n’est pas surprenant que cette étude ait été publiée dans la revue Science. Il n’y avait pas beaucoup d’information sur la santé des enfants tout au long de la vie, mais un suivi du poids et de la grandeur des enfants avait été réalisé, et, avec le recul, on a pu constater que ce phénomène était particulièrement marquant chez les garçons. Il était présent chez les filles, mais plus fort chez les garçons. En examinant les données des garçons à la petite enfance, on a vu que la prise de poids des garçons du groupe témoin a en quelque sorte atteint un sommet à la deuxième année de vie, au point où ils avaient un excès de poids à ce moment, et que ce n’était pas le cas chez les enfants visés par l’intervention. Il semble ainsi que les différences entre les groupes ont commencé très tôt pendant les 1 000 premiers jours. Cette étude a joué un rôle important dans notre compréhension de ce qui se passe tôt dans la vie sur le plan du développement et de la santé.