Bennett – les répercussions sur les familles Autochtones – Partie 2
À une certaine époque, nous avions de très grosses familles, et nous voyons maintenant que le rôle des hommes n’existe plus dans nos familles. Le fardeau de devoir traiter avec des systèmes comme celui de la protection de l’enfance repose sur les épaules de nos femmes. Alors, où sont nos hommes? Nous savons que nos hommes sont en prison et surreprésentés dans le système carcéral. Ils devraient participer à la vie de leurs enfants, mais ce n’est malheureusement pas le cas. Cela ne veut pas dire que tous les hommes sont absents de la vie de leurs enfants. Certains y participent, mais, souvent, le système ne reconnaît pas l’importance du rôle de nos hommes dans la vie de leurs enfants. La famille élargie, comme les oncles, les tantes et les cousins, a aussi été touchée. Dans ma famille, mon frère était l’aîné. Il est parti vivre avec nos grands-parents. C’est ainsi que c’était dans notre famille. Tous les aînés allaient vivre avec nos grands-parents pour que ces derniers reçoivent le soutien dont ils auraient besoin en vieillissant. L’épigénétique reconnaît que nous héritons l’ADN de nos parents et de nos grands-parents et, parfois, dans ce processus de transfert de l’ADN, nous héritons aussi de souvenirs. Nos peuples le savent depuis toujours. Nous appelons cela la mémoire du sang. Nous avons hérité d’incidents traumatisants. Nous les portons dans notre sang, dans notre ADN. Si ces éléments traumatisants ne sont pas résolus, ils sont transmis à la prochaine génération. C’est ce qui est arrivé à nos peuples sur de nombreuses années, même si le Canada est toujours un pays très jeune, et nos populations autochtones tentent de se guérir de la violence qui leur a été infligée dans le processus de contact. Il faudra un certain temps avant que nos peuples atteignent un niveau de guérison. C’est là où nous en sommes actuellement. Nos peuples sont réveillés et nous réclamons qui nous sommes, et reconnaissons que nous avons subi des torts dans le passé, mais que nous pouvons nous en remettre. Le développement de relations plus solides avec les populations de colons sera important à cette guérison. Je veux croire que cela apportera des occasions positives dans l’avenir et que les chiffres diminueront. Toutefois, il faut mettre plus de ressources dans les mains de nos familles et je pense que c’est un domaine qu’il est très important de reconnaître. Nous avons sacrifié beaucoup, non seulement en partageant la terre, mais en raison de tout ce que nous avons subi avec les pensionnats indiens, la rafle des années 1960 et la pauvreté. Je veux voir des occasions positives, mais, aussi, les gens qui se réveillent. Je vois de plus en plus de gens participer aux cérémonies et présenter de magnifiques idéologies venant de nos ancêtres autochtones. Ce sont des choses qui existent depuis longtemps, ce sont des pratiques qui changent la vie des gens. Les gens deviennent plus forts et affirment leurs droits, et je crois que c’est positif pour l’avenir. Nos gens sont en train de contester les systèmes, et cette résurgence, cette réclamation de notre culture, et de la beauté et de la force qui l’accompagnent, rend nos peuples plus forts. Nous pouvons montrer la voie à plus de jeunes et de familles pour les aider à comprendre qu’ils viennent d’une longue lignée de peuples très forts et qu’ils peuvent influer sur leur avenir. Je crois que beaucoup de changements ont lieu dans ce sens. Cela prend du temps. Il faut développer des relations. La clé est aussi d’éduquer les gens sur la beauté, la force et la connaissance de nos propres façons d’être et de faire.
