Bennett – grandir en étant pris en charge

J’ai moi-même grandi en foyer d’accueil. Ma mère est décédée de la leucémie et j’ai été prise en charge de l’âge de 12 à 18 ans. C’était une période de ségrégation des membres de la famille, une période cruciale dans la vie d’une jeune personne, parce que nous commençons tout juste à reconnaître notre autonomie, notre capacité à penser par nous-mêmes et à réfléchir à ce que l’avenir nous réserve. Comment exercer cette autonomie? Ayant grandi en foyer d’accueil, j’étais séparée de ma communauté, de ma famille, de ma culture et de ma langue. C’était un point à considérer très important pour moi durant ma thèse de doctorat, car pour les enfants pris en charge, surtout les jeunes, nous ne leur demandons pas leur avis, nous ne leur demandons pas ce qu’ils souhaitent pour leur avenir parce qu’ils se font toujours dire quoi faire. Donc, lorsque j’ai entrepris mon doctorat, je voulais examiner l’expérience des jeunes en foyer, certains faisant maintenant l’objet d’une prise en charge prolongée, et je voulais connaître leur expérience au sein du système de protection de l’enfance. Pourquoi ont-ils été pris en charge? Quelle est leur compréhension de la raison pour laquelle ils ont été pris en charge? Je voulais aussi connaître les défis auxquels ils font face, ainsi que les possibilités qui se sont présentées à eux en raison de leur prise en charge. Je leur ai demandé comment ils maintiennent un lien avec leur famille, leur communauté, leur culture, leur langue et la terre parce qu’il est très important de comprendre le fonctionnement de tous ces facteurs chez les enfants pris en charge. Ma dernière question était : « Comment savez- vous que vous avez atteint l’âge adulte? » Parce que nos enfants se font toujours dire à quel moment ils deviennent adultes. Nous avons ce chiffre magique : 18. Lorsque nous atteignons l’âge de 18 ans, nous sommes adultes, mais pour beaucoup d’enfants dans le monde, pas seulement autochtones, il y a un changement. Beaucoup de jeunes ne se voient pas comme des adultes lorsqu’ils atteignent 18 ans. C’était le cas pour les jeunes qui ont participé à ma recherche. J’ai fait une narration d’histoire numérique avec eux. Je voulais utiliser un support qui intéresse la plupart des enfants de nos jours, la technologie, et je leur ai donc enseigné à créer une vidéo dans laquelle ils racontent leur propre histoire. J’utilise toujours la recherche narrative, c’est la méthode que je préfère, mais je ne peux pas raconter leur histoire aussi efficacement qu’eux. C’est donc l’approche que j’ai adoptée. Beaucoup de jeunes participants à mes études viennent de communauté des Premières Nations. Ils le savent. Ils n’ont jamais mis les pieds dans leur communauté. Nous savons que ces réserves sont en fait des créations arbitraires. Ce ne sont pas vraiment les terres d’origine de leur famille. Ce sont des limites établies par le gouvernement fédéral. Mais beaucoup de ces enfants n’y ont jamais mis les pieds, ils n’y ont jamais été. Ils vivent leur vie entière à la ville; ils sont donc déconnectés de leur culture, déconnectés de la terre. Pourtant, comme nous le savons maintenant, la culture c’est la vie. Si vous souhaitez voir des changements se produire chez les jeunes Autochtones, faites-les participer à leur culture. Cela produira des changements phénoménaux dans leur perception d’eux-mêmes et leur perception du monde qui les entoure. S’ils ont un profond sentiment d’identité et se sentent bien d’être Autochtones, ils s’épanouissent rapidement et accomplissent un changement remarquable. Cependant, cela ne se produit pas chez les jeunes enfants pris en charge. Ils sont malheureusement déconnectés de leur famille, des gens de leur communauté et de la terre. Ils ne parlent même pas la langue et, comme je l’ai mentionné, ils n’ont jamais vu leurs terres traditionnelles.