Le projet de jeu risqué

Melinda :  Il est parfois très difficile d’incorporer des risques dans les programmes d’une garderie ou même à la maison. Nous avons mené un projet où nous nous sommes rendus dans un centre scolaire et nous avons amené les enfants à un ruisseau, mais nous avons dû bien nous préparer pour y arriver. Nous devions nous assurer que les parents étaient d’accord et établir cette relation et cette confiance avec les parents afin qu’ils acceptent que les enfants se rendent au ruisseau. Ce projet se tenait pendant la saison de fonte, donc la sortie au ruisseau comportait un certain risque. 

Marc : Dans les Prairies, pendant la fonte des neiges, les rivières montent très haut, et elles deviennent des endroits très, très dangereux pour les enfants. Mais nous avons rencontré les parents avant de faire tout cela, et nous leur avons expliqué les raisons pour lesquelles nous sentions que le risque et la prise de risque étaient importants, et ils étaient d’accord. Et c’était super, parce qu’après avoir commencé à parler de risque avec les parents, les parents nous ont parlé des risques qu’ils ont pris eux-mêmes et la façon dont cela a changé, du fait qu’ils avaient oublié ce genre de chose. Nous voulions simplement rappeler aux gens que nous savions quoi faire, qu’ils pouvaient nous faire confiance, que nous allions faire l’activité d’une manière sécuritaire. Nous allions exposer les enfants aux risques, mais nous allions prendre des risques sécuritaires parce que cela ne vaut pas la peine si les enfants se blessent. 

Melinda : Donc, pour commencer, Marc et moi sommes allés sur les lieux le jour de la sortie, et nous avons évalué la situation pour nous assurer qu’elle était assez sécuritaire pour permettre aux enfants d’y aller. Et nous avons évalué que la situation était bonne pour la sortie. Lorsque nous sommes allés au centre, nous avons parlé aux enfants et nous leur avons simplement demandé de nous énumérer certains des dangers liés aux cours d’eau. Marc leur a raconté une histoire. 

Marc : J’ai raconté un récit édifiant. Les récits édifiants sont ces histoires de mise en garde qui aident les enfants à gérer le risque, et nous les emmenions dans un endroit dangereux, alors j’ai pensé qu’il serait bien de leur raconter un récit édifiant sur les créatures qui vivent dans l’eau et qui dévorent des enfants. Et bien sûr, nous avons tous bien ri, mais le récit renfermait un bon message et c’est la raison pour laquelle nous avons ces histoires. Elles servent à protéger les enfants pendant qu’ils jouent lorsque les parents ne sont pas là. 

Marc : Les enfants ont un besoin naturel de jouer dans l’eau. Nous les emmenions à une source d’eau très dangereuse, mais nous nous sommes assurés de leur donner l’occasion de s’éclabousser dans chaque flaque d’eau pendant la promenade vers la rivière. Nous voulions qu’ils traversent les flaques au point aussi creux que possible, et même jusqu’à ce que l’eau entre dans la botte, ce que l’on appelle un « booter » ici au Manitoba. Donc, nous les incitions à se mouiller jusqu’aux orteilles, à jouer dans les flaques sécuritaires, dans l’eau sans courant. Nous avons trouvé un petit ruisseau, un petit cours d’eau minuscule, pour qu’ils puissent s’éclabousser. Une fois qu’ils se sont amusés pleinement dans l’eau, nous sommes descendus à la rivière. Maintenant, ils ne ressentaient pas l’envie de jouer dans la rivière. Ils avaient déjà joué dans l’eau en chemin

Melinda: En descendant vers le ruisseau, je leur ai fait évaluer la sensation de l’herbe sous leurs bottes pour vérifier qu’elle n’était pas trop glissante. Ainsi, ils étaient conscients du sentiment entre leurs bottes et l’herbe et ils éviteraient de glisser sur l’herbe et tomber dans le ruisseau. Une fois que nous sommes arrivés sur place, nous avions créé des petits bateaux à faire flotter sur l’eau et nous avons demandé à deux petits garçons de créer des receveurs pour attraper les bateaux plus bas. Pendant que les enfants jouaient près de l’eau, ils sont devenus plus à l’aise et nous pouvions observer qu’ils n’étaient pas aussi hésitants à jouer à cet endroit. Et en fait, les personnes soignantes, c’était intéressant de les voir parce qu’elles étaient toutes très nerveuses avant de se rendre à cet endroit avec tous les enfants et c’était une question de confiance. Et une fois qu’elles étaient sur place et qu’elles ont vu les enfants jouer à cet endroit en toute sécurité, elles ont tout d’un coup senti que les enfants étaient capables de le faire. Elles pouvaient voir les capacités des enfants.

Marc : Nous avons documenté la sortie, alors nous avons pris des photos de ce qui se passait pour pouvoir utiliser ces images comme tremplin pour la conversation à notre retour à la garderie, pour les montrer aux autres personnes soignantes qui se sentaient nerveuses par rapport à de ce genre de risque et pour les montrer aux parents aussi.

Melinda : Donc, lorsque nous donnons aux enfants l’occasion d’essayer ces choses et que les personnes soignantes voient les enfants le faire, nous observons une énorme différence. Ils veulent que les enfants prennent plus de risques et qu’ils aient l’occasion de faire davantage. Cela donne simplement une confiance à la personne soignante ainsi qu’à l’enfant que chacun fait confiance aux autres.  

Marc : Si je peux ajouter autre chose, nous avons parlé de la façon dont le risque change l’image que l’enfant a de lui-même. Il se voit différemment quand il participe à une occasion comme celle-ci. Alors le personnel voit aussi les enfants différemment lorsqu’ils observent les enfants participer à ce risque. « Vous savez, j’ai eu des problèmes avec cet enfant toute la journée, mais lorsque nous lui donnons l’occasion, il fait face à la situation et il fait ce qu’il est censé faire ». Je crois que nous pourrions bénéficier d’offrir de nombreuses situations dans notre domaine où nous avons l’occasion de voir nos enfants un peu différemment, n’est-ce pas? Donc, quand nous leur donnons l’occasion de prendre un risque, ils saisissent la chance de le faire et ils le font bien. Donc, ce n’est pas seulement bon pour eux, mais aussi pour le personnel. Et vous avez raison, cela ouvre la perspective de chacun, ou au moins cela ouvre la conversation, vous savez, une conversation sur les risques que nous acceptons et ceux que nous n’acceptons pas. Et voilà donc une autre chose à faire davantage dans notre domaine – aborder un bon débat et une bonne discussion à ce sujet.