Battle et Walden – une introduction au jeu risqué

Melinda: Vous travaillerez avec des personnes réticentes aux risques allez-y étape par étape. Commencez par quelque chose qui vous semble un peu risqué puis laissez les enfants l’expérimenter quand vous aurez vu qu’ils en sont capables, vous pourrez aller plus loin et passer à l’étape suivante. Pour un éducateur, c’est une solution intéressante pour développer l’idée du risque. Commencez par des choses simples et quand vous aurez confiance en leurs capacités amenez-les à découvrir davantage.

Marc: Évitez de transmettre vos peurs, on voit trop souvent des éducateurs réagir comme ça face à certaines activités « risquées » ou surestimer la difficulté de ces activités. Cette peur est ensuite absorbée par les enfants. Je conseille toujours aux adultes de garder leurs peurs pour eux et d’essayer de les surmonter sans les transmettre aux enfants. C’est ce qu’il se passe quand on répète « attention », « tu vas te faire mal » mais on ne s’en rend pas compte.

Melinda: Dans ces situations, on utilise beaucoup le mot « non » mais à force de le répéter, il perd de sa valeur, ce qui peut poser un problème le jour où le danger est réel. Au lieu de dire « non », pensez: « comment s’y prendre? », et évaluez les risques avec lui, pour que tout le monde soit rassuré.

Marc: Les éducateurs de la petite enfance sont souvent d’accord avec l’idée du risque, ils reconnaissent son importance pour le développement de l’enfant. Un bébé doit prendre des risques pour apprendre à marcher, l’enfant d’âge préscolaire aussi, c’est comme ça qu’il développe sa confiance en lui. À l’école, l’enfant prendra des risques parce que c’est comme ça qu’il construit l’image qu’il a de lui-même. Mais beaucoup de familles tentent de nous dissuader de faire certaines activités plus risquées ou ne peuvent pas s’empêcher d’intervenir. Je plains un peu les parents aujourd’hui. Ils sont assaillis par les informations, développent des craintes liées à l’actualité. S’il se passe quelque chose en Thaïlande, on craint un impact sur les enfants ici. Il y a une véritable culture de la peur distillée par les médias et les spécialistes. Je dis souvent aux parents que s’ils ont besoin de vrais conseils, il n’y a pas mieux qu’une grand-mère. Une grand-mère a le recul nécessaire et sait comment gérer ces choses-là. Mais la peur est présente, tout comme la peur du risque. C’est pour ça qu’on a souhaité rencontrer les parents, pour parler ouvertement de la prise de risque, des conséquences qu’elle peut avoir et de la récompense qu’elle apporte.  On a évoqué leur propre enfance, les risques qu’ils prenaient en jouant et ce qu’ils en avaient retiré. Quand ils ont pris toute la mesure des avantages liés à la prise de risque, les parents ont commencé à s’ouvrir et à s’intéresser à la notion du risque. Ça les a amenés à se souvenir, à réfléchir c’est ce qui arrive quand on prend un risque et c’est important de commencer par là.

Melinda: Quand on est éducateur de la petite enfance, on a la chance de pouvoir bâtir une excellente relation avec les parents, et c’est réellement la base pour oser prendre des risques avec les enfants. Si les parents vous font confiance, et que vous leur avez expliqué les avantages de la prise de risque, ils seront plus disposés à vous laisser expérimenter. Vous pouvez les rassurer en leur expliquant ce que vous allez faire et les précautions que vous allez prendre.

Marc: Montrez-leur des images. Je le répète, mais c’est très important. Gardez une trace de ce que vous faites. Informez les parents, expliquez-leur pourquoi vous êtes allés à la rivière. Ce n’était pas pour leur faire prendre des risques mais pour voir ce que leur inspirait ce nouvel environnement les liens qu’ils pouvaient tisser les choses qu’ils pouvaient apprendre et nous avons enregistré tout ça. En réalité, cette expérience ne portait pas sur le risque en soi mais plutôt sur ce que les enfants pouvaient découvrir et apprendre.