Barr – les voies sensorielles
C’est une grande question. Une façon de l’aborder est de comprendre les différentes voies sensorielles, reposant chacune sur un substrat biologique. Par exemple, si une mère tient un nourrisson, plusieurs voies sensorielles sont activées. Il y a bien sûr la voie du toucher, qui génère une série complète de stimulations du système neurologique central qui activent certains neurotransmetteurs du système nerveux central, lesquels deviennent fonctionnels selon la réponse de la mère au nourrisson, ce qui se répète en boucle. L’action de tenir le nourrisson aide aussi à réguler sa température, ce qui est crucial, surtout lorsqu’il est très jeune, mais aussi par la suite. Également, il y a la position face à face que nous connaissons dans laquelle la mère et le nourrisson se regardent. Celle-ci active la voie de la vue et de la vision et entraîne la circulation de différents éléments d’information dans cette voie. Et, enfin, la voie qui nous intéresse le plus en raison des nouvelles recherches, la voie de l’odorat, qui est extrêmement importante, et même absolument cruciale, pour de nombreux autres animaux. Cette voie n’est pas aussi importante chez les humains en raison des autres voies dont nous avons parlé, mais la voie de l’odorat est très intéressante parce qu’elle aide les nourrissons à identifier leur mère, et à commencer à avoir des interactions appropriées par rapport aux fonctions importantes comme s’alimenter dès les premières minutes après la naissance. Toutes ces voies transmettent les signaux sensoriels au moyen d’un substrat biologique. Ces signaux influent sur la mère et sa réponse au nourrisson, et influent sur la réponse du nourrisson à ce qu’il se passe dans la dyade. Un exemple particulièrement intéressant que l’on retrouve dans nos travaux est la façon dont la mère et le nourrisson peuvent gérer le stress lié à la douleur ensemble, contrairement à lorsque le nourrisson est séparé de ces voies biologiques. Le paradigme que nous utilisons pour cela est le type d’expérience de la douleur que ressent chaque nourrisson normal dans notre société, ce qui comprend ce que nous appelons le test au talon de la phénylcétonurie, dans le cadre duquel nous prélevons un échantillon de sang à la naissance afin de détecter si le nourrisson est atteint de cette maladie génétique ou s’il est à risque de l’être. Dans le processus de cette étude, nous pouvons examiner si la réponse du nourrisson à cette douleur demeure la même ou diffère selon qu’il subit cette douleur dans les bras de sa mère ou séparé de celle-ci au même moment. En fait, pas au même moment, mais plutôt s’il est séparé de la mère au moment de la procédure. Il est intéressant de voir que la compréhension de l’effet dépend de la voie que l’on mesure. Tout est différent, ce n’est pas comme si tout montait ou tout descendait. C’est un ensemble de réponses complexes très intéressant qui dépend du système examiné. Lorsque la mère est en contact avec le nourrisson et que toutes les voies sensorielles sont activées et que tous les neurotransmetteurs du cerveau sont utilisés pour ressentir ces expériences sensorielles, a réponse du nourrisson à la douleur est considérablement réduite, soit de l’ordre de 50 % ou plus selon la plupart des mesures. Il s’agit donc, si on peut dire, d’un analgésique très puissant. Ce n’est pas une pilule que le nourrisson prend, mais ces effets sont semblables, et même plus puissants que les analgésiques que l’on peut donner aux nourrissons. C’est une bonne démonstration de la puissance de ces régulateurs à la petite enfance lorsque le nourrisson et la mère sont ensemble.
