Barr – les pleurs PURPLE

Savez-vous, on me pose la question sur les façons de passer à travers la période de pleurs accrus des nourrissons plus que toute autre question dans ma vie professionnelle. Il n’existe probablement pas de question qui intéresse les gens autant lorsqu’ils découvrent que je m’intéresse aux pleurs des nourrissons, soit de savoir comment faire pour passer à travers cette période difficile. Une partie de la raison qu’on me pose cette question n’est pas surprenante. Il s’avère que les caractéristiques des pleurs dans les trois à cinq premiers mois d’un nourrisson sont uniques aux trois à cinq premiers mois de vie. Et ces caractéristiques ont la capacité de générer de la frustration chez les soignants. Donc, je peux passer en revue quelques-unes de ces caractéristiques pour les ramener à l’esprit. Nous essayons de décrire la période en utilisant l’expression « period of PURPLE crying » (la période des pleurs violets). Elle ne s’appelle pas ainsi parce que les nourrissons deviennent violets, bien qu’ils le fassent parfois quand ils s’époumonent. Mais elle porte plutôt ce nom parce que les lettres du mot PURPLE sont un acronyme qui se rapporte aux six propriétés qui sont particulières aux premières semaines de vie, aux premiers mois de vie, et qui suscitent la frustration.

Le premier P se rapporte au fait qu’en général, et la plupart des parents qui ont des nourrissons qui pleurent beaucoup le savent, les pleurs ont tendance à augmenter au cours des deux premiers mois de vie, puis atteignent une sorte de pic. Puis, les pleurs commencent à diminuer à nouveau au cours des deux ou trois prochains mois de vie.

Pour un nourrisson particulier, la quantité de pleurs peut s’accroître rapidement et diminuer rapidement, ou prendre plus de temps pour s’accroître et diminuer, mais en général, la quantité de pleurs maximale se produit au cours du deuxième mois de vie. Alors, tout comportement que l’on considère être négatif et qui s’accroît peu importe votre qualité en tant que soignant, peu importe les soins que vous apportez, ce comportement est terriblement frustrant. Et les pleurs ont ce caractère exact, et à cause de ce pic précoce, ils peuvent s’avérer terriblement frustrants pour les mères ou pour tout autre soignant.

La deuxième caractéristique est que ces pleurs sont parfois des crises de larmes inconsolables, si vous voulez, ou des séances de pleurs qui durent des minutes ou même des heures parfois. Il n’est pas rare qu’elles durent jusqu’à deux ou trois heures, et certains nourrissons peuvent pleurer beaucoup plus longtemps que cela et cela ne les empêche pas d’être complètement normaux.

Mais ces crises de larmes peuvent apparaître et disparaître sans raison apparente et sans rapport avec quoi que ce soit dans le milieu du nourrisson. Contrairement aux croyances courantes, ces pleurs ne sont pas liés aux couches mouillées, ne sont pas liés à l’alimentation; ces crises de larmes apparaissent et disparaissent d’eux-mêmes sans explication apparente. Cela peut être frustrant, comme vous pouvez l’imaginer.

Troisièmement, les pleurs résistent à l’apaisement, et c’est le R dans le mot PURPLE (Resists soothing). Peu importe ce que vous faites, si vous promenez le nourrisson en voiture dans le voisinage, si vous le nourrissez, il peut se calmer pour un instant, mais dès que cette tentative est terminée, ils recommencent à pleurer.

Le deuxième P est pour Pain-like face, ou le fait que lorsqu’ils pleurent ainsi, ils ont l’air d’avoir mal même s’ils n’éprouvent aucune douleur. Et il n’y a aucun moyen de savoir si un bébé souffre simplement en regardant son visage maussade ou en écoutant le son de sa voix, mais dans cette situation, l’enfant semble éprouver de la douleur.

Le L se rapporte au fait que ces périodes de pleurs sont de longue durée (long-lasting). J’ai déjà discuté du fait qu’il peut y avoir de trois à cinq heures de pleurs par jour, mais les crises de pleurs individuelles peuvent durer de 35 à 45 minutes en moyenne et peuvent souvent s’étendre sur une période allant jusqu’à deux heures ou plus.

Et enfin, même si nous ne savons pas exactement à quel moment les pleurs vont se produire, ils ont tendance à se regrouper en soirée, soit la lettre E (evening). Nous appelons cela un rythme diurne, où les crises sont plus nombreuses le soir, et moins nombreuses pendant la journée. Les nourrissons peuvent pleurer à tout moment, mais ces pleurs ont tendance à se regrouper en soirée. Et comme vous pouvez l’imaginer, c’est à ce moment-là que les parents sont les plus frustrés, les plus fatigués, c’est le moment où le père rentre du travail et il pourrait croire que le bébé pleure en raison de sa présence. Mais en fait, ce modèle diurne est bien reconnu, et il se produit indépendamment du fait que le papa rentre du travail.

Donc, toutes ces caractéristiques sont terriblement frustrantes. Elles nous donnent l’impression que nous sommes, en tant que soignants, dans une situation hors de contrôle dans le cadre d’une expérience particulièrement négative. Il n’y a rien de plus frustrant que lorsqu’une situation est hors de notre contrôle. Nous n’aimons pas le sentiment. Cette situation va à l’encontre de notre compréhension de notre rôle en tant que bons soignants, et dans la mesure où cela est hors de notre contrôle, la situation s’avère très frustrante.

Donc, lorsque nous comprenons la présence de ces caractéristiques, que celles-ci nous ont été transmises dans le cadre de notre héritage évolutionnaire, qu’elles ont dans certains contextes une valeur très positive en matière de survie du nourrisson, comme chez les nourrissons massaïs qui étaient affligés d’une famine, nous devons simplement nous rappeler que nous ne sommes pas à blâmer si les nourrissons continuent de pleurer une fois que nous avons offert tous les soins habituels et merveilleusement intuitifs que nous prodiguons généralement en tant qu’humains et soignants. Et nous devons nous rappeler de donner ces soins. Ils sont utiles et importants, et certains pleurs ne cesseront pas après les soins, mais cela n’est pas de notre faute. Savoir que cette période de pleurs se termine après un certain temps est probablement l’autre information la plus importante à transmettre aux aidants naturels. Il n’y a pas de moyen de rendre cette période moins frustrante. Il faut que les parents acceptent que ce soit frustrant, en sachant toutefois que cette période prendra fin, que ce comportement est normal et que ce n’est pas leur faute.