Barr – la mémoire des nourrissons
Il y a environ 15 ou 20 ans, personne ne croyait à la mémoire infantile. Pour bien des gens, il était vraiment inconcevable que les bébés aient une capacité de mémoire à la naissance. Une grande série d’expériences, dont la plupart nous ont donné l’occasion d’accéder à la mémoire des nourrissons, a complètement modifié le concept de mémoire infantile au cours des dernières années. Il n’y a désormais aucun doute que les nourrissons ont une mémoire, notamment pour les sons et la vue. En effet, beaucoup de données probantes indiquent qu’ils ont des souvenirs d’expériences vécues dans l’utérus, et nous pouvons ensuite les utiliser après la naissance.
Nous avons commencé à examiner la question sous un angle particulier, soit de savoir quelle est la probabilité que l’alimentation infantile ait au moins quelques effets à court terme sur le fonctionnement des cellules qui sont pertinentes à la mémoire.
Pour ce faire, nous examinons un paradigme, ou une technique, qui s’intitule le paradigme du traitement de l’information. Ce paradigme nous révèle des éléments sur le développement des cellules pertinentes à la mémoire pour plusieurs raisons. Le paradigme nous invite à examiner la capacité du nourrisson de se retourner vers la provenance des sons. C’est ce qui s’appelle la procédure du retournement de la tête. Les bébés sont donc exposés à un son provenant d’un côté ou de l’autre, et le fait qu’ils se tournent vers ce son, et continuent de le faire après que le stimulus a été continuellement répété, nous permet de déterminer s’ils peuvent se souvenir d’un son qu’ils ont déjà entendu et appris sur une période de 60 secondes, de 90 secondes et de 120 secondes, ou même plusieurs heures ou journées. Ce paradigme s’est avéré très efficace à cette fin.
Nous nous sommes demandés si le fait d’être nourris avant qu’ils aient besoin de se souvenir de ce son particulier ou de ce stimulus visuel particulier influence la durée pendant laquelle ils peuvent se souvenir de sons qu’ils ont déjà appris. Nous avons découvert que c’est le cas, si un nourrisson a été nourri de nutriments, de lait maternel ou d’une préparation avant la procédure, il est capable de se souvenir d’un son déjà appris plus longtemps qu’un bébé auquel on ne donne que de l’eau, ce qui est très convaincant. Nous procédons à cette expérience sur des bébés de deux ou de trois jours. Il s’agit donc d’une merveilleuse illustration de l’importance potentielle de l’alimentation pour le développement de la mémoire infantile.
Cependant, même si ce phénomène est très robuste et que nous l’avons maintenant montré à quelques reprises, il est important de se souvenir qu’il demeure beaucoup de questions à poser sur la relation entre l’alimentation et la mémoire. L’une de celles-ci est la suivante : est-ce l’action même d’être nourri qui est pertinente à l’amélioration de la mémoire ou est-ce plutôt le choix des nutriments que les bébés reçoivent? À l’heure actuelle, les données ne sont pas concluantes.
C’est peut-être une certaine partie de l’apport en nutriments qu’ils reçoivent, ou le comportement lié à l’alimentation, ou encore la combinaison de ces facteurs qui jouerait un rôle important dans l’expérience de mémoire positive. L’autre question importante est : est-ce lié aux intervalles entre les repas? Est-ce que l’amélioration de la mémoire ne dure que quelques secondes ou quelques minutes, ou pourrait-elle, possiblement, se maintenir pendant toute une journée ou plus? Ce sont des questions très importantes que nous pouvons maintenant poser, et nous disposons maintenant des techniques permettant d’y répondre.
Il faudra toutefois procéder à des études intensives de longue durée avant d’obtenir la réponse à ces questions, mais il est passionnant de penser que l’alimentation d’un nourrisson peut influencer la mémoire infantile. Nous espérons que ces questions seront posées plus souvent et aussi confirmées plus souvent.
