Angela James – équilibrer les approches autochtones et occidentales

Aux Territoires du Nord-Ouest, nous avons élaboré une matrice qui montre comment nous pouvons équilibrer les approches occidentales de l’éducation des jeunes enfants et les approches autochtones. Donc dans le milieu, il y a la personne compétente. Ensuite, nous avons les principes d’apprentissage autochtone, très liés à la métaphore du tipi, qui parlent d’holisme, de relationnalité, d’apprentissage spiralaire ainsi que d’expérience – les enfants apprennent avec leurs mains et leurs mouvements kinesthésiques. Ainsi, au centre, il est question de ces approches autochtones et, à l’extérieur, de toutes les méthodes occidentales d’enseignement et d’apprentissage. Par exemple, dans le domaine de la relation, nous avons l’enseignement différencié, l’apprentissage coopératif et l’approche intégrée. À l’extérieur, on évoque toutes les approches autochtones, telles que l’importance des aînés, des gardiens du savoir, de la prière, du cadeau que sont les enfants et des relations de respect, comme je l’ai dit plus tôt, puis de la mémoire du temps, du lieu et des personnes, et enfin, de la responsabilité relationnelle, qui est très, très importante lorsqu’on travaille avec des enfants, car non seulement nous leur sommes redevables, mais nous le sommes aussi aux ancêtres, à la terre ancestrale et à la spiritualité. Il suffit donc de se rappeler cet aspect d’équilibre, entre l’indigénéité et les concepts occidentaux. Ces concepts occidentaux doivent également être équilibrés avec l’indigénéité, car un autre aspect de la recherche consiste à prêter attention aux compétences techniques et non techniques. Ces approches sont toutes très proches des approches autochtones qui s’efforcent d’enseigner aux enfants à s’entendre les uns avec les autres, à comprendre le point de vue des autres, ce qui, dans l’apprentissage précoce, est un concept très important pour développer des compétences sociales et prendre conscience de ce qui nous entoure et apprendre à appréhender le monde extérieur de manière positive. Il est donc très important que nous prenions au sérieux l’idée d’un enfant compétent pour équilibrer les deux approches. Nous parlons de cet équilibre dans l’ensemble du Canada. Aux Territoires du Nord-Ouest, on parle des peuples du Slave Sud, on parle de marcher dans deux mondes.  Ils ont cette belle image d’une paire de mukluks et d’une paire de bottes pour la neige, et ils marchent dans les deux mondes. C’est probablement un concept que l’on retrouve partout sur l’Île de la Tortue. Mais ici, aux Territoires du Nord-Ouest, il y aussi la région des Tlicho, où ils ont une belle conception de l’équilibre, parlant de la force de deux peuples. Les aînés parlent donc d’être forts dans le monde occidental, de lire, d’écrire, toutes les matières et, vous savez, de profiter de toute l’éducation qui est à leur disposition. Mais aussi, être fort dans le monde autochtone, de s’assurer qu’ils se souviennent de qui ils sont, de leur identité, de leur peuple, de leur culture, de leurs langues, et c’est ainsi qu’ils acquièrent la force de deux peuples dans le monde tlicho. Et à l’autre bout du pays, sur la côte Est, les Mi’kmaq l’appellent la vision à deux yeux. Il s’agit donc, bien entendu, du même concept d’équilibre entre les deux approches de l’éducation, qui sont tout à fait nécessaires. Ainsi, lorsque nous équilibrons les approches occidentales du MÉCF, comme le développement du langage, le bien-être physique, le jeu et la recherche, avec les méthodes autochtones, telles que la compréhension de soi, des autres, de la terre et du monde spirituel, on se souvient de la terre comme d’un prolongement de la spiritualité, des histoires et des relations. Il faut aussi se souvenir des cérémonies, des protocoles et des histoires des aînés, qui sont très, très importants. Et puis, il faut se souvenir de la cérémonie, qui est très importante ici aux Territoires du Nord-Ouest et dans toute l’Île de la Tortue, à savoir la réciprocité, l’équilibre entre ce que l’on prend et ce que l’on donne, et entre ce que l’on donne et ce que l’on prend. Cet équilibre de la réciprocité fait donc partie intégrante de nombreuses cérémonies aux Territoires du Nord-Ouest, comme l’offrande à la terre ou à l’eau, lorsque l’on recueille des connaissances, des remèdes ou des aspects de la terre. Cette réciprocité est donc très importante, car nous sommes à l’ère de la réconciliation. Nous avons tous une compréhension de la réconciliation dans notre parcours personnel, ainsi que dans notre travail de réconciliation dans l’ensemble de notre pays, le Canada.