Études de Whitehall

Donald Reid et Geoffrey Rose ont entrepris la première étude de Whitehall dans les années 1960 pour examiner les causes et les facteurs de risque des maladies (p. ex., la cigarette et l’hypertension). Cette étude à long terme comptait plus de 18 000 hommes de la fonction publique britannique. À l’origine, les chercheurs considéraient la classe sociale comme une variable de contrôle, et non comme une cause potentielle des différences dans les résultats de santé (Ferrie, 2004; Marmot et Brunner, 2005).

Lorsque Michael Marmot s’est joint à l’équipe de l’étude dans les années 1970, il s’est intéressé aux causes sociales de la mauvaise santé; les chercheurs ont alors commencé à se pencher sur la classe professionnelle en tant que variable de santé. À l’époque, on croyait que les gens occupant des postes ayant un grand pouvoir, comme des chefs d’entreprise, subiraient beaucoup de stress, ce qui entraînerait des maladies cardiaques et des ulcères. On croyait que les gens ayant des postes de haut niveau seraient plus susceptibles d’avoir des problèmes de santé liés au stress que ceux ayant des emplois de bas niveau.

L’étude de Whitehall n’a pas confirmé cette façon de penser. Les chercheurs ont analysé les hommes d’âge moyen de l’étude selon leur grade ou leur type d’emploi. Les données ont montré un gradient social prononcé dans lequel plus l’employé était bas dans la hiérarchie d’emploi, plus le risque de maladie cardiaque et de toute autre cause majeure de décès était élevé (Marmot, s. d.). De plus, lorsque les chercheurs ont fait un suivi dix ans plus tard, il y avait aussi un gradient prononcé en fonction du niveau d’emploi pour le décès toutes causes confondues. Autrement dit, plus les employés étaient bas dans la hiérarchie d’emploi, plus leur risque de mort était élevé (Marmot et Brunner, 2005).

L’étude de Whitehall a réfuté une autre croyance courante selon laquelle le gradient existait parce que les gens pauvres étaient en mauvaise santé alors que les gens n’étant pas pauvres étaient raisonnablement en bonne santé (Ferrie, 2004). À bien des égards, les sujets de l’étude de Whitehall n’étaient pas pauvres. En fait, ils vivaient au-dessus du seuil de la pauvreté. Ainsi, comme l’indique Marmot (s. d., p. 2) : « il n’était pas seulement question de pauvreté ». Il précise : « L’explication habituelle pour les inégalités en santé est le mode de vie. Il y a des différences socioéconomiques nettes pour la cigarette et d’autres types de comportements malsains… pourtant, le contrôle de ces facteurs a eu peu d’effets sur les différences socioéconomiques concernant les maladies coronariennes » (Marmot, 2001, p. 135). Ainsi, les différences dans les taux de maladies cardiaques sont attribuables à autre chose que les différences socioéconomiques dans le mode de vie.

Marmot et Brunner (2005) expliquent que l’étude Whitehall II a été mise sur pied pour trouver d’autres gradients sociaux dans la mort et la maladie. Ils ont aussi inclus les femmes dans cette deuxième étude. Celle-ci a été lancée vers le milieu des années 1980 et comprenait plus de 10 000 fonctionnaires de Londres âgés de 35 à 55 ans. Ces gens occupaient une variété de postes différents, allant du personnel de soutien de bureau jusqu’aux hauts dirigeants, en passant par les postes de cadres intermédiaires. Les chercheurs ont suivi les sujets au fil du temps et ont régulièrement recueilli des données sur une grande gamme de variables, comme :

  • l’information démographique et socioéconomique (p. ex., scolarité, revenu);
  • les expériences de travail psychosocial (soutien social, demande-contrôle);
  • les comportements de santé (cigarette, alcool, alimentation, activité physique);
  • les maladies cardiovasculaires;
  • la santé générale (déclaration subjective);
  • la santé mentale (déclaration subjective);
  • les résultats de santé (des mesures objectives comme les congés de maladie, les problèmes cardiaques, les accidents vasculaires cérébraux ou la dépression).

Plus de 15 années de données ont été analysées dans le cadre de l’étude de Whitehall II, et il y a des gradients sociaux inversés pour une vaste gamme de problèmes de santé, par exemple, des maladies cardiaques, certains cancers, des maladies pulmonaires, des maladies gastro-intestinales, la dépression, le suicide, les congés de maladie, les maux de dos et un sentiment généralisé de mauvaise santé (Ferrie, 2004; Marmot et Brummer, 2005). Autrement dit, à chaque niveau d’emploi, les gens sont plus susceptibles d’être malades que les gens au niveau supérieur.

Tentant d’expliquer le gradient social pour la santé, Marmot (s. d.) cite deux facteurs importants relevés dans l’étude : l’autonomie (avoir le contrôle sur sa propre vie) et la participation sociale (faire partie d’un réseau social et bénéficier d’interactions sociales). Plus le niveau d’emploi était bas, moins les gens avaient d’autonomie et moins ils étaient en mesure de participer pleinement à la société (Marmot, s. d.). Il a été montré qu’une faible autonomie et qu’un faible soutien social contribuent au gradient en santé physique et mentale, indépendamment des caractéristiques individuelles d’une personne (Ferrie, 2004).

Parallèlement aux études de Whitehall réalisées en Grande-Bretagne, des résultats semblables ont été observés dans différents pays en développement (Ferrie, 2004) et dans le monde majoritaire (Marmot, communications personnelles). Les études de Whitehall ont contribué à notre compréhension de la façon dont les facteurs sociaux influent sur la morbidité (taux de maladie) et la mortalité (taux de décès). Wilkinson et Marmot (2003) font remarquer que l’étude approfondie des déterminants sociaux de la santé est grandement susceptible d’améliorer la santé des particuliers et des populations. Les gouvernements et les responsables des politiques de santé doivent porter attention aux facteurs sociaux et économiques qui touchent la santé individuelle et de la population. Comme le fait remarquer Ferrie (2004, p. 4), « les inégalités en santé ne peuvent pas être dissociées des inégalités dans la société. La conclusion inévitable est que pour redresser les inégalités en santé, il faut à la fois comprendre la manière dont l’organisation sociale touche la santé et trouver des moyens d’améliorer les conditions de vie et de travail des gens.

Références

Ferrie, J. E., (Éd.). (2004). Work stress and health: The Whitehall II study. Council of Civil Service Unions/Cabinet Office. www.workstress.net/sites/default/files/whitehall_11_study.pdf

Marmot, M. (2001). Inequities in health. New England Journal of Medicine, 345(2), p. 134-136. www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJM200107123450210

Marmot, M. (s. d.). Interview with Sir Michael Marmot.
unnaturalcauses.org/assets/uploads/file/MichaelMarmot.pdf

Marmot, M. et Brunner, E. (2005). Cohort Profile: The Whitehall II study. International Journal of Epidemiology, 34(2), p. 251-256. academic.oup.com/ije/article/34/2/251/746997

Wilkinson, R. et Marmot, M. (Éd.). (2003). Les déterminants sociaux de la santé : les faits, 2e éd. Organisation mondiale de la santé.